‹ Étude sur les plaies pénétrantes des articulations par instruments piquantsChapitre 9 sur 18 · NOR · texte numérisé non relu

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tion la pius robuste. » La région chaude, tuméfiée, œdémateuse présente une coloration tantôt pâle, tantôt rouge ; les lèvres de la plaie laissent suinter un liquide ichoreux ; et les moindres mouvements de la jointure laissent percevoir des craquements dus aux frottements des surfaces osseuses dépouillées de leur cartilage. Les symptômes généraux sont surtout remarquables. Dès le début, les frissons apparaissent, la fièvre s'allume et atteint le soir 39,5 à 40 L’inappétence est complète, la soif vive; et l’insomnie, la diarrhée, l'agitation, le délire produisent rapidement l’adynamie. Si à ce moment le pus est évacué la suppuration peut se tarir et le malade guérir. Mais la destruction des os, des ligaments et des cartilages ne permet guère qu’une ankylose osseuse. Autrefois cette heureuse terminaison était rare. L’abondance de la suppuration condüisait les malades à l’hectité et au marasme ; ou bien ils succombaient à des accidents de pyohémie et de septicémie.

Maintenant que nous connaissons la marche et les symptômes des plaies piquantes articulaires, nous croyons le moment venu de citer notre observation et voir ce qu’elle présente de particulier, d’original.

OBSER VATION

Recueillie dans le servicede M. le professeur Heydenreich par l’interne, M. de Langenhagen.

D..., 23 ans, charpentier, entre à l’hôpital le 12 avril dernier.

Le 10 avril, le malade en travaillant s'enfonce un clou rouillé dans le genou gauche au-dessus de la

rotule ; le clou aurait pénétré d'environ un centimètre et demi et a été retiré immédiatement. Au moment de l’accident, le malade ressentit une douleur vive qui s’est vite dissipée. Deux heures après, il dut quitter son travail ; le genou avait enflé et était devenu très douloureux ; il put cependant regagner son domicile. Depuis, le malade est resté alité avec de la fièvre jusqu’à son entrée ; il a eu à plusieurs reprises, entre autres la veille de son entrée, de grands frisonnements.

15 avril, Etat actuel. 37°,8. Le genou gauche est gonflé, rouge et douloureux à la pression (les douleurs spontanées ont presque complètement cessé depuis hier). Il existe du choc rotulien. Pas de plaie; : on voit la trace du traumatisme un peu en dedans du bord supérieur de la rotule. On fait une ponction avec l’appareil de Pôtain ; on retire un liquide louche, qui, examiné au microscope, fait voir de nombreux globules de pus. Le soir, 3707.

Immobilisation de la jointure dans une gouttière en fil de fer.

14 avril. 3709, matin et soir. Le malade va très bien, ne ressent aucune douleur. L’articulation n’est pas rouge; aucune sensibilité : on peut pétrir le genou sans provoquer de douleur. Il existe encore un peu d'épanchement.

15 avril. Même état. 37°6 le matin. 37° le soir.

16, 17, 18 avril. Même état.

20 avril. On met une gouttière platrée ‘ il existe encore un peu d’épanchement,.

27 avril. — Le malade se lève, la jambe étendue. Sortie le 29 avril. |

PROG NE

Il revient se présenter le 14 mai; on enlève lPappareil; il y a encore un peu de liquide. On remet l’appareil.

Rien à signaler quant à l’étiologie; toutefois, nous verrons plus loin si la rouille qui recouvrait l'agent vulnérant a pu avoir une action dans la production des phénomènes consécutifs. Ici encore, nous constatons l’absence de signes certains de la pénétration et la négligence habituelle des malades, qui regardent ces petites plaies comme insignifiantes.

Mais ce qui frappe dans cette observation, c’est la brusquerie et l’intensité de la réaction locale et surtout le manque de symptômes nets, caractéristiques, permettant de ranger l’arthrite dans l’une des deux variétés précédemment décrites. La fièvre modérée, l'absence de troubles généraux faisaient en effet écarter l’idée d’arthrite suppurée; d’autre part, les frissons répétés, les douleurs vives, pouvaient faire songer. à un état plus grave qu’une arthrite traumatique franche. Aussi, dans le but d'éclairer le diagnostic, une ponction fut-elle décidée et le liquide purulent retiré vint prouver l’existence au sein de la jointure d’un foyer de suppuration. Malgré cette suppuration évidente, pouvons-nous admettre l’inflammation phlegmoneuse aiguë de l’arthrite suppurée classique, avec sa tendance à envahir et détruire toutes les parties de la jointure? Non certainement; les lésions anatomiques ont dù répondre aux phénomènes généraux si bénins. Nous sommes ici en présence d’une forme subaiguë, catarrhale, offrant quelque analogie, du moins quant au processus anatomique, avec ce que l’on a décrit sous le nom d’ar-

thrites idiopathiques des enfants. La suppuration s’est probablement bornée à envahir les couches les , plus superficielles de la séreuse, respectant cette séreuse et les autres parties nobles de l'articulation ; il s’est produit une exsudation purulente plutôt qu'une suppuration vraie, un catarrhe purulent léger plutôt qu'une arthrite suppurée réelle. Et si, avec les théories anciennes, nous aurions grant peine à concevoir la raison d’un processus aussi resireint, nous verrons qu'avec les théories actuelles, cette explication n’est pas impossible. Cest ce que nous allons essayer de tenter dans le chapitre suivant.

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