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Tant que l’arthrite ne suppure pas, il n’est nullement nécessaire d'intervenir plus activement: la valeur de l’arthrotomie préventive pratiquée pour une arthrite suraiguë dans le but de prévenir la suppuration, n'étant pas suffisamment jugée. Du reste, cette opération devrait être réservée aux rares cas où l’inflammation excessive ferait redouter le sphacéle. Dès que la suppuration vient à envahir l’articulation, le rôle du chirurgien change, l’expectation doit être abandonnée. Si l’on parcourt en effet les traités classiques modernes, on voit les larges incisions articulaires formellement recommandées dans ces cas et admises d’une facon absolue, indiscutable, comme pouvant seules mettre à l’abri d'accidents redoutables ; et cette idée ne daté point d'aujourd'hui, puisque J.-L. Petit conseillait déjà : < non seulement d'ouvrir, mais encore de faire de grandes incisions communiquant les unes avec les autres, afin qu'il n’y ait aucune partie, aucun recoin de la jointure qui ne puisse être nettoyé par les injections. » De nos Jours cette pratique a été élevée à la hauteur d’une opération chirurgicale si bien décrite et étudiée dans la thèse inaugurable de M. le professeur agrégé Nicolas et dans la thèse d’agrégation de Jalaguier et désignée sous le nom d’arthrotomie par Albert de Vienne. Les résultats brillants obtenus ne permettent pas d’hésiter entre cette opération et les anciennes méthodes qui conduisaient fatalement à l’amputation ou à la mort.
Cependant en présence d’un cas semblable à celui qui fait le sujet de notre observation, devra-t-on suivre la conduite de M. le professeur Heydenreich ou
bien observer rigoureusement les préceptes classiques ?
Devra-t-on s’en tenir à une expectation armée ou recourir d'emblée à l’arthrotomie? Le succès final est venu donner pleinement raison à notre maitre.
Nous pensons, en effet, que le chirurgien doit
prendre avant tout les intérêts de son malade ; et quelque bénigne que soit une opération, il ne peut en conscience la pratiquer si les circonstances ne l'exigent pas formellement. D’ailleurs l’arthrotomie n'est pas toujours inoffensive ; les résultats éloignés ne sont pas toujours satisfaisants, puisque sur 42 opérés pour arthrites suppurées traumatiques rapportées dans la thèse de Jalaguier, nous trouvons : 2 morts, une guérison après résection, onze avec ankylose, et un certain nombre de blessés ont conservé des mouvements limités.
* Il eût été, on le voit, bien imprudent de faire courir à notre malade, outre les dangers inhérents à toute opération, les chances d’une arthrotomie ; et nous terminerons en disant que si l’arthrotomie est une opération excellente dans les arthrites suppurées franches, le praticien fera sagement, en présence d’un cas semblable au nôtre, d’imiter la prudente conduite de M. le professeur Heydenreich.