Goethe, XVlil, p
y> fidèle à son emploi, toujours infatigable, il créait aisé- » ment le héros elle berger; tout ce qui émeut les tendres }> et belles âmes, il savait le produire par une imitation fî- » dèle : le vert gazon, la cascade argentée, le chant des j^ oiseaux, les éclats du tonnerre, l'ombre du feuillage et » le clair de lune...; un monstre même ne l'eiTravait » pas *. >
A cet éloge de Mieding, Goethe rattache l'histoire du théâtre de Weimar depuis son arrivée; il évoque les Muses dramatiques, il nous les montre, après l'incendie du théâtre en 1774, errant de lieux en lieux, d'Ettersbourg à Tiefurt, de la cabane au salon, du palais à la tente, s'établissant même « sous la voûte de la nuit su« blime i>. Il parcourt les différents genres de spectacles qu'on y donnait, ombres chinoises, parades, pièces françaises et anglaises, opérettes, ballets, mascarades, Iphigénie enfin, représentée avec éclat par Corona Schrœter.
Cette dernière s'approche, une couronne à la main, et la déposant sur le cercueil de Mieding, elle prononce ces paroles éloquentes, émues, qui semblent tombées des lèvres du poète pour permettre à la postérité de le célébrer lui-même d'une louange délicate et sentie :
1, Wer preis't genug des Mannes kluge Hand,
Wenn er aus Draht elast'sche Federn wand, Vielfâlt'ge Pappen auf die Lattchen schlug.
Die Rolle fiigte^ die den Wagen trug; Von Ziodel, Blech, gefarbt Papier und Glas, Dem Ausgang lâchelnd, rings umgeben sass.
So ireu dem unermudiichen Beruf, War Er*8 der Held und Schâfer leicht erschuf. Was ailes zarte schône Seelen riihrt, Ward treu von ihm, nachahmend, ausgefiihrt :
Des Rasées Griin, des Wassers SilberfaU, Der Vôgel Sang, des Donners iauter Knall, Der Laube Schatten und des Mondes Licht — Ja selbst ein Ungeheuur erscbreckt ihn nicht.
<( A toi qni nous a quittés, à toi notre reconnaissance » pour ce que tu as fait, ce que tu as souffert! Le bon )) comme le méchant se fatigue beaucoup, et tous deux » restent loin de leur but. Un Dieu te donna^ avec une Y force heureuse et constante, la passion étemelle de > ton art. C'est cet art qui te soutint dans les mauvais » jours; malade, tu jouais avec lui comme un enfant; il )> appela sur tes lèvres pâles un sourire, et ta tète fatiguée » s'endormit dans ses bras. Que tout homme à qui la na- » ture fit les mêmes dons visite en pèlerin ta sépulture » modeste! Que ton cercueil demeure dans un repos bien » mérité! Couvrez-le doucement de terre légère. Homme y^ excellent, que la tombe te soit un fardeau moins pesant » que la vie ! * >
Si, dans le poème de Mieding, Goethe jette un regard sur une branche unique de son activité passée, dans le poème àllmeneaUy il embrasse toute l'étendue de la carrière qu'il a parcourue ; il présente à Charles-Auguste et à lui-même le tableau de leurs folies premières et de