Den Dank fur das was du gethan
Geduldet, nitnm, du Àbgeschiedner, an !
Der Gute wie der Bose miiht sich viel, .
Und beidebleiben ^eit von ihrem Ziel.
Dir gab ein Gott, in holder, steter Kraft Zu deiner Kunst die ew'ge Leidenschaft.
Sie war's die dich zur bôsen Zeit erhielt.
Mit der du krank, als wie ein Kind, gespielt, Die auf den blassen Mund ein Lacheln rief. In deren Arm dein mûdes Haupt entschlicf !
Ein jeder, dem Natur ein Gleiches gab, Besuche pilgernd dein bescheiden Grab !
Fest steh' dein Sarg in wohlgegônnter Ruh; Mit lockrer £rde dêckt ihn leise zu, Und sanfler als des Lcbens, liège dann Auf dir des Grabes Burde, guter Mann f
leurs erreurs; il le fait avec le calme d'un observateur désintéressé, avec le sang-froid d'un étranger, parce qu'il a dissipé les vapeurs au milieu desquelles il s'agitait et qu'il sait le duc résolument engagé dans une nouvelle voie. Ilmenau est donc le poème de la métamorphose et de la rénovation ; c'est une oraison funèbre du premier Goethe et du premier Charles-Auguste, mais joyeuse, mais sereine, mais prononcée après la résurrection par un des défunts mêmes qui a échangé sans regret sa dépouille contre une plus digne et plus belle enveloppe.
Ilmenau, avec son aimable vallée et ses belles forêts de sapins, était une des retraites préférées de Gœlhe. Il aimait à s'y reposer des fatigues de la cour et des soucis des affaires. A cette nouvelle visite, le 3 septembre 1783, un sentiment de paix et de bien-être se répand encore dans son âme. Il salue le vallon, la montagne sublime; il leur demande l'oubli du monde, le réveil de ses chants d'autrefois. Il pénètre dans la forêt; il y est surpris par un brouillard épais et s'y égare.
Tout à coup des voix étranges résonnent à son oreille; il s'approche ; un spectacle bizarre se déroule sous ses yeux. C'est une pure vision ;• mais le poète, pour exciter notre curiosité, ne nous prévient point; il ne nous apprend que nous sommes en présence d'un rêve qu'au moment où il le dissipe. Cette vision, d'ailleurs, est moins un rêve qu'une réminiscence; c'est le tableau d'une des folles équipées de la première année de son séjour à Weimar.
€ Le poème à* Ilmenau y dit Gœthe à Eckermann^,
1 . ECKERMANN, ConversatiotiSy III, page 267 — Voir Texcellente traduction de M. Delérot, aussi exacte qu'élégante. — M. Delérot
contient comme épisode une époque qui, en 1783, lorsque j'écrivis la poésie, était déjà depuis plusieurs années derrière nous, de sorte que je pus me dessiner moi-même comme une figure historique et causer avec mon moi des années passées. C'est la peinture d'une scène de nuit, après une chasse hasardeuse dans les montagnes. Nous nous étions construit au pied d'un rocher de petites huttes, couvertes de branches de sapin, pour y passer la nuit sur un sol sec. Devant les huttes brûlaient plusieurs feux, où nous cuisions et faisions rôtir ce que la chasse avait donné. Knebel, qui déjà alors ne laissait pas refroidir sa pipe, était assis près du feu, et amusait la société avec toute sorte de plaisanteries dites de son ton tranquille, pendant que la bouteille passait de main en main. Seckendorf (c'est l'élancé, aux longs membres effllés) s'était commodément étendu au pied d'un arbre et fredonnait des chansonnettes. De l'autre côté, dans une petite hutte pareille, le duc était couché et dormait d'un profond sommeil. Moi-même, j'étais assis devant, près des charbons enflammés, dans de graves pensées, regrettant parfois le mal qu'avaient fait çà et là mes écrits. »
Gœthe, le visiteur de 1783, ne se reconnaît pas luimême dans le rêveur de 1775. Il l'interroge sur ses méditations, et la réponse de celui-ci marque bien l'agitation de son âme à cette époque, son refus hautain des conseils et des remontrances, comme le témoigne sa lettre à Klopstock, son ignorance de lui-même et de la destinée qui l'attend, les contradictions incessantes de ses pensées, les fluctuations de sa conscience qui tantôt
a entrepris de traduire aussi en français la correspondance de Gœthe; nous désirons vivement que ses autres travaux lui permettent de mener à bonne fin cette traduction.
exalte sa conduite, tantôt la condamne, tantôt nage dans la joie et dans l'orgueil, tantôt s'abandonnne au désespoir :
« Oh! ne m'interroge pas, car je ne suis pas disposé à » satisfaire légèrement la curiosité de l'étranger; je te » prie même de m'épargner ta bienveillance : il convient » pour un temps de se taire et de souffrir...
» Qui se connaît soi-même? qui sait ce qu'il peut? Le » vaillant n'a-t-il jamais fait d'entreprise téméraire? Et i> les choses que tu fais, c'est demain qui seul dira si 3> elles étaient nuisibles ou profitables. Prométhée lui- "» même n'a-t-il pas fait descendre la pure flamme du ciel -» pour la diviniser? et pouvait-il répandre mieux que du j> sang terrestre dans les veines animées ? J'apportais un t feu pur de l'autel : ce que j'ai allumé n'est pas une . y> flamme pure. L'orage augmente l'embrasement et le "» péril : je ne balance point, tout en me condamnant.
» Et lorsque j*ai chanté imprudemment le courage et » la liberté, et la droiture et la liberté sans frein, l'or- » gueil de soi-même et le contentement du cœur, je me » suis acquis la glorieuse faveur des hommes : mais, » hélas ! un dieu m'a refusé le talent, le misérable talent » de me conduire avec art. Et maintenant me voici en » même temps élevé et abaissé, innocent et puni, inno» ï cent et heureux *. »
1 . frage nicht ! denn ich bin nicht bereit Des Fremden Neugier leicht zu stillen; Sogar verbilt* ich deinen guten WiUen ; Hier ist zu schweigen und zu leiden Zeit. . .
Wer kennt sich selbst? wor weiss was er vermag? Hat nie der Muthige Verwegnes unternommen?
Und yfds du thust, sagt erst der andre Tag, War es zum Schaden oder Frommen.
Le portrait du duc de Weimar n'est pas dessiné avec moins de bonheur et de fidélité. Le poète ne craint point de révéler des défauts dont le temps et la volonté ont triomphé. Néanmoins, des vers comme les suivants, même écrits en 1783, sont un noble témoignage de la franchise de Goethe et de la rare tolérance avec laquelle Charles-Auguste écoutait la voix de la vérité :
« Avec un profond amour du vrai, il éprouve encore » la passion de Terreur... Une exaltation douloureuse le » pousse tantôt ici et tantôt là; il passe d'une agitation » inquiète à un repos inquiet; aux jours de gaîté, il
> montre une sombre violence, sans frein, et pourtant
> sans joie ; blessé, brisé d'âme et de corps, il s'endort » sur une couche dure^.. »
Liess nicht Prometheus selbst die reiae Himmelsgluth Auffn'schen Ton vergôtternd niederfliesseo ?
Und konnt' er mehr als irdisch Blut Durch die belebten Adcrn giessen?
Ich brachte reines Feuer vom Altar; Was ich entzûndet, ist nicht reine Flamme.
Der Sturm vcrmehrt die Gluth und die Gefahr, Ich schwanke nicht, indem ich mich verdamme.
Und wenn ich unklug Muth uud Freiheit sang, Und Redlichkeit und Freiheit sonder Zwang, Stolz auf sich selbst und herzliches Behagen, Erwarb ich mir der Menschen schône Gunst :
Doch ach ! ein Gott versagte mir die Kunst, Die arme Kunst, mich kùnstlich zu betragen.
Nun sitz* ich hier zugleich erhoben und gedriickt, Unschuidig und gcstrafl. unschuldig und begïUckt. 1. Moch ist bei tiefer Neigung fiir das Wahre Ihm Irrthum eine Leidenschaft...
Dann treibt die schmerzlich tiberspannte Regung Gewaltsam ihn bald da bald dort hinaus, Und von unmuthiger Bewegung Ruht er unmuthig wieder aus.
Gœlhe ne pouvait relire cette description sans en reconnaître la vive justesse, c^ C'est absolument ainsi qu'il était; il n'y a pas là le moindre trait exagéré. Mais le duc avait bientôt su se dégager de cette période orageuse et tourmentée, et parvenir à un état d'esprit plus lucide et plus doux; aussi, en 1783, à l'anniversaire de sa naissance, je pouvais lui rappeler cet asjîect de sa première jeunesse. »
Cependant la vision se dissipe, et le poète marque, en quelques traits rapides, la € nouvelle vie, dès longtemps commencée i, les sages réformes, la prospérité renaissante ; il exhorte le duc à marcher d'un pas ferme dans la nouvelle route.
Ce poème i'Ilmenau n'est pas le seul fruit de cette excursion de Gœthe dans les montagnes, en 1783. Le 7 septembre, il montait sur le Gickelhahn, et traçait au crayon sur l'encadrement de la fenêtre du chalet d'été ces vers célèbres du second Chant de nuit du voyageur y qu'il relut encore avec une profonde émotion quelques mois avant sa mort :
« Sur tous les sommets est le repos ; dans toutes les » cimes des arbres tu sens un souffle à peine ; les oiselets
Und duster wild an heitern Tagen,
llnbândig oline froh zu sein,
Schlâft er, an Seel' und Leib verwundet und zerschlagcn,
Auf einem harten Lager ein.
WILHELM MEÏSTER. 177
» se taisent dans le bois ; attends un peu, bientôt toi » aussi tu reposeras ^ ]»
Il n y a pas, en apparence, de paroles plus simples, plus dénuées d'artifice; il n'y en a pas, en réalité, où la magie des sons, la cadence des vers, la musique de la rime et des syllabes qui se succèdent, éclairent davantage et reflètent plus fidèlement le sentiment qu'éprouve le poète.
C'est aussi par la musique des vers que se distinguent les poésies insérées par Gœtha dans son roman de Wilhelm Meister. Il semble qu'avant de descendre en Italie et d'être infidèle pendant plusieurs années à la rime, au lied, à la poésie du Nord, il en ait voulu condenser dans quelques pièces la plus pure essence, le charme le plus pénétrant.
Ce roman, auquel il travailla avec des interruptions diverses pendant près de vingt années, est son premier essai de narration calme et désintéressée, de récit continu où le poète est plus précocupé de donner aux objets et aux personnes les formes et les expressions variées de la vie que de les animer de sa propre passion et de les réchaufler de sa flamme. Werther était encore tout lyrique et personnel; Wilhelm Meister aie développement uni de la narration antique. Si le héros conserve bien des