WILHELM MEISTER
Ces deux derniers vers n'offrent-ils pas, à côté de leur signification naturelle et directe, un sens subtil et symbolique? le vin c'est la riche substance de la poésie; la coupe d'or, sa foriffe pure et brillante.
Les trois entres lieder du harpiste éclairent d'une lumière qu'aucune analyse ne pourrait égaler les abîmes de douleurs et de remçrds où roule cette âme accablée sous le poids d'un amour incestueux. Et pourtant, comme il con-; vient à un sentiment que la nature répudie, aucun trait précis ne le dénonce : les lecteurs qui ne connaissent point le roman ignorent le motif de ce désespoir infini. Aussi ces plaintes, d'une expression à la fois si simple et si pénétrante, sont le langage naturel de tout cursant remords, de toute douleur immense. La reine Louise de Prusse, après la perte d'une grande partie du royaume, plongée dans le plus profond malheur, puisait une consolation pleine d'amertume dans ces vers qu'elle se répétait sans cesse :
€ Celui qui n'a pas mangé son pain en versant des
> larmes, celui qui n'est pas resté assis en pleurant sur
> son lit pendant les tristes nuits, celui-là ne vous connaît
> point, ô puissances célestes 1 ^ »
Des quatre poésies de JUignon, deux se rattachent par un lien trop étroit à la mystérieuse figure du roman de
Das Lied, das aus der Ketile dringt,
Ist Lohn, der reiohlie|i lehaek;
Poe)) darf iph tiittaq, bitt'ich ein> :
Lass rnir den bestep Bêcher Weiqs
In purem Goide reichen.
Wer nie seiii Bpo4 mit Thrlinon aM, Wer pie die kummervoUen Nâchte Àuf «einem Bette weinend sass, Der kennteneh nicht, ihr himmlischen Mftchtet
Gœlhe et aux situations qu'elle traverse pour plaire et pour éveiller Tintérêt en dehors de cet enchaînement de la narration.
Dans la première, elle se plaint de ne pas pouvoir confier à son ami, à son protecteur, le secret de sa destinée qu'un serment lui interdit de trahir. Dans la seconde, elle chante, sous un costume d'ange, la félicité des anges vers laquelle elle aspire et qu'elle est sur le point de partager.
Les deux autres poésies de Mignon brillent parmi les diamants les plus purs delà couronne poétique deGœthe. Ce sont les strophes sur l'Italie et le lied du Désir (Sehnsucht). Nous voudrions demander à ces poésies le secret de leur perfection, tenter du moins de nous rendre compte dé leur charme dans la mesure permise àla critique.
Dans le roman, c'est après une scène émouvante entre Wilhelm et Mignon que cette dernière chante les strophes suivantes :
« Connais-tu le pays où les citronniers fleurissent, où » dans la feuiliée sombre, rougissent les oranges d'or? }^ un vent léger descend du ciel d'azur; le myrte croît » discret, et le laurier superbe. Le connais-tu bien?... » Là-bas ! là-bas je voudrais aller, mon bien-aimé, avec » toi!
» Connais-tu la maison ? sur des colonnes repose son "» toit, la salle resplendit, les chambres étincellent, et des y> statues de marbre sont là qui me regardent et semblent » dire : Qu'est-ce-donc, pauvre enfant, qu'est-ce-donc » que Ton t'a fait? La connais-tu bien?... Là-bas! là-bas » je voudrais aller, mon protecteur, avec toi !
» Connais-tu la montagne, et son sentier perdu dans » la nue? Le mulet cherché sa route dans le brouillard;