‹ Étude sur les poésies lyriques de GoetheChapitre 11 sur 224 · Jahn, Gœthe^s Briefe an Leipziger Freunde · texte numérisé non relu

Jahn, Gœthe^s Briefe an Leipziger Freunde

3. C'est le nom donné par Tieck au recueil qui parut sous ce titre : « NouveUes chansons, mises en musique par B. T. Breitkopf. Leipzig, 1770. » Voir 0. Jahn, Ouvrage cité, et Bernays, Derjun^ GœthCt l, page 93.

viennent se môler dans ses vers à son principal amour. Ne prône-t-il pas l'inconstance, le changement dans une de ses plus faciles chansons?

€ Couché dans Teau courante du ruisseau limpide, j'ouvre les bras au flot qui s'approche; il presse amoureusement ma poitrine qui l'attend. Puis son inconstance l'entraîne plus loin. Déjà s'avance un autre flot qui me caresse à son tour, et je goûte ainsi les joies de la volupté changeante.

« jeune homme, sois sage, ne noie pas vainement dans les larmes les heures les plus gaies de cette vie si triste, si jamais dans sa légèreté une jeune fllle t'oublie. Va, rappelle-les, ces temps écoulés. Les baisers que tu déposes sur le sein de la seconde sont aussi doux que ceux dont tu couvrais le sein de la première ^ »

La franchise de l'aveu nous rappelle ces filles qui valaient mieux, nous le voulons bien, que leur réputa-

1. Im spielenden Bâche da lieg ich, wie heUe! Verbreite die Arme der kommenden WeUe.

Und buhlerisch druckt sie die schiiende Brust. Dann trâgt sie ihrLeichtsinii im Strome darnieder, Schon naht sich die zweite und streichelt mich wiedcr Dd ruhl ich die Freuden der wectiselnden Lust.

Jungling, sei weisc, verwein* nicht vergebens Die frôhliciisten Stnnden des traurigen Lebens, Wenn flatterhaft je dich ein Mâdchen vergisst. Geh, ruf sie zuriicke die vorigen Zeiten, Es kiisst sich so stisse der Busen der Zweiten, Als kaum sich der Busen der Ersten gekiisst.

Derjunge Gœthe^ l, page 104.

Pour ces premières poésies où il importe, avaat tout, de suivre le développement et le progrès du génie lyrique de Gœthe, nous citons le texte primitif; daps la suite, nous donnerons^ de préférence, la leçon dernière et définitive.

tion*, mais qui, on le voit, n'étaient pas avares de leurs, faveurs.

C'est surtout dans l'expression de l'amour que se marque l'influence des écrivains contemporains et de l'esprit du siècle. Jouissance, volupté sont les termes qui reviennent sans cesse : le poète chante le plaisir facile et rapide, les baisers dérobés, les surprises des sens. C'est un mélange d'un fond grossier, sensuel, et d'une expression raffmée plutôt que délicate. On se représente les poses voluptueuses des nymphes de Boucher, les lèvres humides, les regards noyés des figures de Greuze et de Fragduard.

« Devant l'Amour scintille, d'une mystique et sainte lueur, l'or pâle des flammes. Un tourbillon d'encens remplit la chambre, afin que votre volupté soit entière*. »

Dans cet éveil des sens, dans cette soif de plaisirs chez un jeune homme précoce, on ne trouve même pas l'inquiète ardeur d'un Chérubin, cette fièvre, ce feu de jeunesse qui est son excuse et sa grâce. L'auteur du Livre des chants est blasé ; il donne déjà des conseils de prudence et de modération; a il connaît les limites du bonheur ^ »

Ce caractère déplaisant des premiers chants d'amour de notre poète nous frappe d^autant plus que nous les comparons involontairement à ses poésies futures. C'est précisément dans l'expression de la tendresse que nous le

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