‹ Étude sur les poésies lyriques de GoetheChapitre 114 sur 224 · Dièse Gôttin, sie heisst Gelegenheit · texte numérisé non relu

Dièse Gôttin, sie heisst Gelegenheit

Gern ergiebt sie sich nurdem raschen thâtigen Manne; Dieser findetsie zahm, spielend und zârtUch und hold.

2. In der heroischen Zeit, da Gôtler und Goltinnen liebten, Folgte Begierde dem Blick, folgte Genuss der Begier.

El. 3.

La suite de celte élégie, rénumération des couples amoureux, sembla empruntée tout entière à un poète ancien. Il n'en est rien; ce n'est pas une traduction, une pure reproduction d'un fragment d'élégie antique. Goethe prend à Ovide le modèle de la coupe d'après laquelle chaque distique contient un épisode, mais il rejette ses exemples, parce qu'Hélène et Médée offrent à l'esprit une image désagréable par la suite funeste de leurs amours; il leur substitue Anchise et Vénus, Diane et Endymion, HéroetLéandre, Mars etRhéa Sylvia, et il marque ces conquêtes et ces séductions de traits épars dans Lucien, dans Ovide, peut-être dans Musée ; il compose ainsi son miel de tous ces sucs et de ces parfums antiques. Dans celte élégie, du moins, l'idée est sienne; il n'eut pas besoin d'emprunter aux anciens la théorie du coup de foudre en amour pour apaiser les scrupules tardifs de Christiane Vulpius. Dans d'autres élégies, la conception même est antique; ainsi, dans la douzième, le récit de la fête de Gérés; dans la treizième, la visite de l'Amour; dans la quinzième, les ruses de sa niailresse pour lui tracer l'heure du rendez-vous. La dix-liuilième, au contraire, marque l'opposition de Goethe à une opinion de Properce et d'Ovide : tandis que ceux-ci recherchent le plaisir entouré de pièges et voient dans le danger une épice de la volupté, Gœthe, plus calme, plus mûr, et peut-être par un secret retour sur sa liaison avec madame de Steiu, aime « à jouir à son aise, longtemps, d'un bien assuré. » Et il se rapproche de Tibulle* quand il ajoute :

« Nous savourons ce bonheur des nuits entières ;

\. El I, 1, 45.

i% POÉSIES LYRIQUES DE GOETHE.

» pressés sein contre sein, nous prêtons l'oreille à Torage, » à la pluie, aux giboulées *. »

A côté de ces traits empruntés aux mœurs, à la religion, aux idées dominantes de l'antiquité, nous en rencontrons d'autres d'un caractère tout moderne. Ici retentit la chanson de Marlborough ; là se montrent les bas rouges et les bas violets des cardinaux et des prélats ; plus loin Henri IV et Frédéric II sont nommés en compagnie d'Alexandre et de César.

Toutes ces notes diverses, qui résonnent à la fois, ou du moins à proximité Tune de l'autre, ne forment-elles pas un concert discordant? Comment Goethe réussit-il à assortir des nuances aussi tranchées? quels regards échangent en se rencontrant les divinités détrônées et les prêtres du Dieu vainqueur qui les a renversées ? Eh bien! ce mélange de conceptions antiques et modernes, bizarre et forcé partout ailleurs, était possible, vraisemblable, naturel à Rome. Ici, ces deux moiides séparés par tant de siècles coexistent; les Sept collines parlent aux nouvelles générations de leur gloire passée ; le Colisée reste debout non loin de Saint-Pierre; Apollon rend encore ses oracles dans l'enceinte du Vatican; des colonnes brisées, des bas-reliefs, un peuple de statues sereines et immortelles surgissent de tous côtés, sollicitent les regards et hantent les imaginations.

La plupart d'entre nous, devant ces épaves d'un monde disparu, s'arrêtent à les contempler un moment; puis, entraînés parle courant de l'heure présente, ils ne gardent qu'une faible empreinte de ces images du passé; ces con-

1 . So erfreuen wir uns der langen Nâchte ; wir lauschen, Busen an Busen gedrângt, Sturmen und llcgen uni Guss.

Page 1