GcETHE, Œuvres^ XXIV, p. L
c'est-à-dire à l'intensité de Timpression. Le poète des Élégies romaines^ dans sa période exclusivement antique, qui ne dure que quelques années, puisque dès 1797 il se remet à composer des ballades, rejette de parti pris la rime qu'il excellait à manier, dont il avait montré toute la puissance et pénétré tous les secrets. 11 dédaigne de se servir de procédés qu'il juge indignes du grand art; il ne veut plus surprendre les imaginations par la magie des sons, mais attirer les esprits par la clarté de ses descriptions, par la transparence de ses peintures, par la précision du trait, par la netteté des contours, par le relief des figures et des attitudes, par toutes ces qualités où excellaient les poètes antiques, et que lui-même possédait dès le début de sa carrière, mais qu'il avait relégués au second plan pour en taire valoir d'autres; sa poésie, après s'être rapprochée delà musique, se pique à présent de rivaliser avec la peinture et la sculpture.
Le mètre élégiaque est-il propre à exprimer la joie? n'est-il pas le vêtement naturel de la tristesse et de la mélancolie? Nous ne nous arrêterions pas à cette objection, motivée par l'acception moderne du mot élégie^ et que les exemples mêmes des anciens suffisent à réfuter, si un critique éminent*, subissant malgré lui la tyrannie de l'usage, n'avait cru trouver dans les Elégies romaines l'expression de la « mélancolie que répand sur l'âme du poète le retour vers la Rome passée et le bonheur de l'antiquité > .
Ce sentiment de la fragilité des choses humaines perce, il est vrai, dans l'une ou l'autre élégie, mais il n'étend