‹ Étude sur les poésies lyriques de GoetheChapitre 122 sur 224 · Was mit mir das Schicksal gewoUt ? Es wâre vei'wegen · texte numérisé non relu

Was mit mir das Schicksal gewoUt ? Es wâre vei'wegen

Das zu fragen ; denn meist will es mit vielen nicht viel. Ëinen Dichter zu bildcn, die Absicht wâr'ihm gelungen, Uâtte die Sprache sich nicht unuberwindlich gezeigt.

Ep. vén. y 77.

les maîtres des rythmes antiques; tous deux, d'ailleurs, ont été les conseillers de Goethe*, qui a prêté à leurs leçons une attention éveillée et docile. Eh bien! les hexamètres de la Louise de Voss , les distiques des Élégies de Schlegel sont-ils supérieurs aux vers d'Hermann et Dorothée et des Elégies romaines f Peut-être l'excellence du style de Gœthe nous porte- t-elle à trop d'indulgence pour sa prosodie, mais nous avouons qu'à notre sens, la différence est imperceptible, et nous n'aurions pas de peine à relever dans l'une et l'autre œuvre des fautes analogues à celles que nous reprochions à Goethe.

Il faut donc chercher dans la langue allemande ellemême les causes de celte imperfection du distique. Nous allons essayer de les démêler sans reculer devant l'aridité des termes et la sécheresse de la démonstration.

L'hexamètre, le pentamètre n'admettent que deux sortes de pieds, le spondée et le dactyle : c'est le mélange aisé, libre, varié de ces pieds qui fait la beauté du vers d'Homère. et de Virgile, de TibuUe et de Théocrite. Or, la langue allemande est-elle riche en spondées et en dactyles? Le spondée se compose de deux syllabes longues ou (ce qui est plus exact, en parlant de prosodie allemande) de deux syllabes accentuées. La lecture d'une page do prose allemande suffit à démontrer que cette rencontre n'est pas fréquente ; que sera-ce s'il en faut trois? et c'est le cas de l'hexamètre, puisque chaque pied, dactyle ou spondée, commence par une syllabe accentuée. Le spondée est donc, pour ainsi dire, introuvable dans l'hexamètre allemand; relisez les Élégies; vous verrez que presque partout le trochée le remplace,

1. Schlegel personneUemeat, Voss, surtout par rintermédiaire de son fil? Henri.

et avec Tintroduction du trochée disparaît cette belle harmonie de l'hexamètre antique, qui repose sur l'égale mesure de tous les pieds.

Il semble, au premier abord, que la langue allemande offre plus de ressources à l'emploi du dactyle. Les syllabes non accentuées abondent ; souvent elles se suivent et il n'est pas rare d'en rencontrer deux entre deux syllabes accentuées, ce qui constitue le dactyle et la première moitié nécessairement longue du pied suivant. Malheureusement, ce dactyle est souvent imparfait; car toutes les syllabes non accentuées sont loin d'avoir entre elles la même valeur; à côté de brèves presque muettes, on en voit qui, par leur poids et leur durée, devraient être longues si elles avaient l'accent*. Ces syllabes, que Gœthe appelle douteuses, sont impropres à l'hexamètre : elles ne peuvent être longues, puisqu'il y manque l'accent ; elles ne peuvent être brèves , puisque leur poids y contredit*.

Toutes ces critiques auxquelles l'hexamètre allemand ne peut se soustraire, ne tendent pas à la complète suppression de cette forme rythmique. Avant de condamner l'emploi d'un mètre, il faut en trouver un meilleur à y substituer. De combien d'attaques, injustes ou fondées, notre alexandrin n'a-t-ilpas été l'objet? Elles n'ont pu réussir à l'entamer, aucun vers ne s'étant présenté pour en re-

Kf —m Vf \f

\. Zufriedenheit.

2. Dans le vers iambique, au contraire, remploi de ces syllabes douteuses est légitime. Ce vers, dont le rythme se rapproche de \Si prose, et qui, pour cette raison, est propre à la conversation (...altemis aptum sermonihus), n'ai pas la susceptibilité ombrageuse de Thexamètre. D'ailleurs, chaque syllabe brève étant précédée et suivie d*une syllabe longue, elle n*a pas besoin d'avoir en tout lieu la ténuité indispensable aux brèves du dactyle.

cueillir la succession. En considérant les Elégies romaineSy le ton général de l'œuvre, le souffle antique qui les anime, nous ne voyons pas de forme plus appropriée que celle du distique. C'est ce que Goethe sentait encore plus de trente ans plus tard lorsqu'il disait à Eckermann : € Il y a de grands et mystérieux effets qui dépendent de la différence des formes poétiques. Si l'on traduisait les idées de mes Élégies romaines dans le ton et dans le mètre du don Juan de Byron, elles paraîtraient vraiment diaboliques^ >

ni

Tous les critiques qui ont parlé des Elégies romaines ont donné un avis motivé sur la convenance et la moralité de ces poésies; les uns pour la nier, les autres pour la soutenir, d'autres encore pour plaider les circonstances atténuantes. On a tourne la question en tout sens, on l'a prise de front et de biais; comme elle s'impose à nous et qu'il nous est impossible d'y échapper, nous demandons à l'aborder en toute franchise et liberté, sans détour ni réticence.

Les divergences dans les critiques dont les Élégies ont été l'objet s'expliquent d'abord par les conceptions diverses de leurs auteurs sur la vie et la destinée humaine. Il est manifeste que si l'on croit à une opposition radicale de la chair et de l'esprit, à une lutte acharnée et

f. ECKEFMANN, I. p. fl7.

permanente des désirs du corps et des aspirations de Tâme, on est conduit à condamner et à rejeter des poésies où les plaisirs des sens sontdépeinls avec une indulgence complaisante, et, pour ainsi dire, ignorante de tout scrupule.

La condamnation des Élégies par un esprit rigide est logique et inattaquable. Mais la plupart des hommes n'admettent pas cette inimitié nécessaire deTâme et du corps, cette mise en demeure péremptoire qui impose le choix entre deux routes contraires. Ils reconnaissent la supériorité des dons de l'esprit, des qualités de l'âme, et, puisqu'il s'agit ici de bonheur, des joies que donne la culture de lïnlelligence, une affection pure ou la vertu, mais ils ne dédaignent point les jouissances que leur offrent les sens, sous prétexte qu'elles sont plus communes et plus vulgaires. Ils concilient ce que les autres séparent ; ils ne nient pas que le conflit ne soit possible entre les deux éléments de notre nature, et, dans ce cas, ils n'hésitent pas à proclamer que le principe supérieur, l'âme, doit remporter la victoire ; mais cette lutte, selon eux, n'est pçis permanente, et la science de la vie consiste précisément à écarter les chocs et les occasions de combat, à faire leur part à ces deux compagnons indissolubles dont l'un ne consent à obéir que si l'autre lui octroie une charte équitable et humaine.

Même parmi les critiques qui envisagent ainsi les conditions de la vie, les jugements sur les Élégies sont divergents. On accorde la légitimité du point de vue où se place le poète, mais on lui reproche de sortir dans ses tableaux de la région de l'art et de décrire des situations qui doivent rester étrangères à la poésie. Ce blâme est-il fondé ? quelles sont ces limites que la poésie ne peut

franchir sans s'abaisser ? Question complexe et délicate dont une comparaison avec les autres arts nous fournira peut-être la solution.

Il semble en effet que, dans la sculpture et dans la peinture, on ait plus nettement dégagé les droits de l'artiste et l'abus qu'il peut faire de ces droits. Personne ne lui-interdit de représenter le nu; un même sujet peut devenir, selon l'artiste qui le traite, une œuvre sublime ou lubrique.

Qu'est-ce qui distingue la Vénus de Médicis ou celle du Titien de telle «Je nos exhibitions modernes? Ici et là nous sommes en présence d'une femme dépouillée de tout vêtement; mais, tandis que cette dernière jette le trouble dans nos sens et soulève notre dégoût, nous admirons dans les autres la pureté des lignes, la grâce et la souplesse des contours, l'imitation décevante des plus belles formes que la nature ait créées.

Ce n'est donc pas le motif de la statue ni le sujet du tableau qui dirige notre jugement, mais l'intention de l'artiste, mais l'effet produit pai* son œuvre, mais l'atmosphère ou limpide ou troublée qui enveloppe ses figures. Si l'on consent à juger les ouvrages poétiques du même point de vue (et qui pourrait en contester la légitimité?), on condamnera la Pucelle de Voltaire et les romans de Crébillon, ou, parmi les œuvres allemandes contemporaines des Élégies y la Laidion et VArdinghello de Heinse ; mais les Élégies romaines resteront à l'abri de tout reproche. Cette jouissance qu'elles célèbrent c'est bien moins l'ivresse çt le tumulte des sens que « la joie tranquille de la pure comtemplation* » ; c'est l'adoration

Page 1