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Der stille Genuss reiner Betrachtung

El. 15.

ÉLÉGIKS ROMAINES. 209

de la beauté, le culte de la forme vivante et sensible dans laquelle Goethe retrouve les purs contours des statues que ses yeux admiraient pendant le jour.

« N'est-ce pas m'instruire aussi que d'observer les » formes d'un beau sein, de promener ma main le long » des hanches? Alors seulement je comprends bien le » marbre ; je médite et je compare ; je vois d'un œil qui > touche; je touche d'une main qui voit. Si ma maîtresse » me dérobe quelques heures du jour, elle me dédom- » mage en me donnant les heures de la nuit. On ne s'émît brasse pas toujours; on cause sensément. Est -elle » surprise par le sommeil, couché près d'elle, je me » livre à mille pensées ; souvent même j'ai poétisé dans » ses bras, et, d'un doigt musical, j'ai compté doucement » sur son dos la mesure de l'hexamètre. Elle respire » dans son aimable sommeil, et son haleine m'embrase » jusqu'au fond du cœur* . »

On n'a pas assez observé que cette élégie, la plus libre, la plus hardie dans la peinture des plaisirs des sens, est en même temps la plus élevée pour le ton et la pensée : c'est là peut-être la meilleure apologie des Elégies ro-

1. Undbelehr* ich mich nicht, indem ich des lieblichen Busens

Formen spâhe, die Hand leiie die Htifien hinab? [gleichc, Dann versteh'ich den Marmor erst recht; ich denk und ver-

Selie mit fûhlendem Aug\ fiihle mit sehender Hand. Raubt die Liebste denn gleich mir einige Siunden des Tages,

Giebt sie Stunden der Nacht mir zur Entschâdigung hin. Wird doch nicht immer gekiisst, es wird verniinflig gesprochen ;

Ueberfallt sic der Schlaf, lieg'ich und denke mir viel* Oftmals hab* ich auch schon in ihren Armen gedichtet,

Und des Hexameters Maass leise mit fmgernder Hand Ihr auf den Riicken gezâhlt. Sie athmet in lieblichem Schiummer,

Und es durchgliihet ihr Hauch mir bis ins Tiefste die Brust.

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mairies^ la marque la plus visible de la pureté de Tinspiration du poète. Parcourez les œuvres auxquelles s'adresse ce vilain reproche d'immoralité; vous trouverez toujours, s'il est mérité, que la licence de la peinture va de pair avec l'abaissement moral. Je ne parle pas de la puissance du talent, qui se pique souvent, on le sait, de briller davantage en des sujets obscènes, mais du fond même de l'œuvre se dégage une vapeur malsaine qui avertit le lecteur en éveil qu'il a quitté la région de Tari et de la poésie pour entrer dans celle des sens et de l;i séduction vulgaire. Si l'on juge à cette mesure les Élégies romaines, si on ne les rejette pas d'emblée pour le sujet qu'elles traitent, au risque d'entraîner dans la même condamnation bien des œuvres admirables de la poésie antique et moderne, aucun passage ne sera trouvé infidèle à l'art, aucun vers ne sera rejeté et rayé comme indigne de la poésie.

On nous objectera que cette appréciation des ouvrages de l'esprit est bien arbitraire, et qu'une même œuvre produit sur des natures diverses une impression différente. Si cette description ne parle qu'à votre imagination, ne voyons-nous pas qu'elle sollicite directement les sens d'un autre el qu'elle trouble la clarté de son jugement? Sans doute, mais c'est là encore un caractère commun à tous les arts. Croyez-vous que Chérubin contemple la Vénus du Titien avec des yeux aussi désintéressés dans leur admiration que les vôtres? ne surprenezvous pas la foule ignorante des arts se détournant dans les musées des nudités de tout genre comme d'un spectacle contraire à la morale? ou bien, si elle s'en approche, elle les dévore furtivement du regard, comme on fait un fruit défendu. Toute œuvre n'est pas mure

pour tout esprit; de même qu'on ne livre pas à des eslomacs trop tendres des aliments qu'ils ne peuvent digérer, on écarte des jeunes gens et de la foule les tableaux et les poèmes qui irritent et enflamment une imagination non préparée, non affermie par l'expérience de la vie, par l'étude et la réflexion. Mais cette nourriture, dangereuse dans les premières années, devient inoffensive, salutaire avec le temps. Le vin généreux qui troublait le cerveau de l'enfant et allumait la fièvre dans son corps excite et avive les facultés de Thomme, sans nuire à la clarté de son intelligence et sans la détourner des voies légitimes où elle doit s'engager.

Les Élégies romaineSy où l'adolescent ne cherche que des peintures qui alimentent ses rêves et ses désirs, sont, pour l'homme fait, nous avons essayé de le montrer, une source intarissable d'études fécondes et de nobles contemplations.

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