Jeglichen Schwârmer schlagt mir ans Kreuz im dreissigsten
[Jahre; Kennt er nur einmal die Welt, wird der Betrogne dcr Schelm.
Ep. 53.
5. Wundern kann es mich nicht, dass Menschen die Hunde so lie-
[ben
ÊPIGRAMMES VÉNITIENNES. 219
de dédain et de mépris, quand on songe à l'aversion de Goethe, si souvent manifestée à Tégard des chiens.
Nous n'étions pas habitués de voir en Goethe un misanthrope, un railleur impitoyable, un contempteur des hommes et des choses. D'où lui vient cette soudaine amertume? qui Ta blessé? quelle vengeance brûle-t-il d'exercer?
Vous êtes -vous jamais perdu pendant une longue soirée, seul, au sein d'une société hostile à vos idées, à vos goûts, à vos principes? Vous entendiez exalter les hommes que vous méprisiez, dénigrer vos plus chères affections; ce qui vous paraissait préjugés, superstitions, idées fausses et puériles, s'étalait avec complaisance, tandis qu'on foulait aux pieds vos convictions, vos croyances, les vérités qui étaient l'objet de votre adoration et de votre foi; vous demeuriez muet au début par politesse ou par nonchalance d'esprit; vous redoutiez un éclat: puis, la douleur, le mépris, l'indignation soulevaient votre poitrine, vous serraient la gorge; vous sentiez que vos paroles trahiraient vos pensées ; vous refouliez en votre sein ce bouillonnement confus de protestations violentes et d'acres invectives; enfin, vous sortiez de cette atmosphère étouffante, et la fraîcheur de la nuit, la liberté de l'air, le mouvement de la marche dégageaient vos idées et dénouaient votre langue : alors, soit seul, soit devant un ami, soit en face d'un adversaire, vous épanchiez les flots pressés de votre colère, vous brisiez les idoles encensées par cette foule, les expressions les plus vives jaillissaient de vos lèvres, et accusaient les arêtes et les saillies de
Dean ein erbârmlicher Schuft ist, wie der Mensch, so der
(Uund.
Ep. 74.
VOS pensées; au jugement sage et équitable vous préfériez le paradoxe, au terme conciliant, le mot blessant et crû. L'ami qui vous entendait pouvait mesurer la profondeur de votre souffrance passée aux cruautés et aux raffinements de votre vengeance présente.
Tel nous apparaît Goethe dans les Épigrammes vénitiennes. A son retour à Weimar, en 1788, il s'était senti étranger à la société et à la cour; il avait rapporté d'Italie un culte nouveau, des dieux inconnus que personne ne voulut adorer avec lui; il parlait avec enthousiasme de l'art et de la poésie de la Grèce, de la beauté sérieuse et sereine empreinte sur ces œuvres immortelles ; on lui répondait en portant aux nues les Brigands de Schiller et VArdinghello de Heinse; il se détournait vers l'étude de la nature, on accueillait ses recherches scientifiques par des hochements de tête et dos sourires de dédain. Ses relations avec Christiane Vulpius achevèrent de creuser un abîme entre lui et le monde. Tandis que la société s'indignait de voir le premier ministre du duc de Weimar introduire et installer dans sa maison une fille du peuple, Goethe s'irritait contre les conventions sociales, contre les pruderies hypocrites. Il s'était tù jusque-là; à peine, dans une ou deux élégies, avait-il fait allusion à ces hostilités. A présent, en voyage, à Venise, hors d'atteinte de ces piqûres quotidiennes, il se sent libre, il aiguise ses pointes, il éclate en sarcasmes amers.
« Epigrammes, ne soyez pas si effrontées. — Pourquoi )) pas ? Nous ne sommes que des titres ; le monde a les » chapitres du livre *. »