Xénie
sommes restés liés, ayant les mêmes intérêts, nous voyant et échangeant tous les jours des idées, il ne pouvait pas être question de propriété pour quelques pensées détachées. Nous avons fait beaucoup de distiques en commun; souvent l'idée était de moi, les vers étaient de Schiller, ou bien c'était le contraire; ou bien je faisais un vers et Schiller l'autre. Comment peut-on parler de tien et de mien? il faudrait vraiment être soi-même encore profondément philistin pour attacher la moindre importance à l'éclaircissement de pareils doutes *. »
Sur cette question, les critiques se sont divisés en deux camps. Les uns *, s'appuyant sur l'autorité de Goethe, refusent d'aborder le problème et le déclarent à la fois insoluble et puéril. Les autres ^ revendiquent les droits de la critique et proposent des solutions diverses, qui, tout en s'écartant les unes des autres sur un petitnombre d'épigrammes, s'accordent sur les principaux groupes et se corroborent entre elles par de nouveaux témoignages.
Ce n'est pas, en effet, une vaine curiosité qui engage lés esprits dans ces recherches; ce qui les anime, c'est la passion de la science qui, dans l'ordre littéraire comme dans les autres branches des connaissances humaines, n'admet pour bornes que les limites même de la raison. Il ne suffit pas à la science que les poèmes homériques existent; elle s'enquiert de leur âge, de leur mode de formation, du poète unique ou des nombreux rapsodes qui les ont chantés. Elle demande aux chansons anacréontiques si elles n'usurpent pas un nom glorieux, aux