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survécu , d'avoir sa vie durant gardé une réputation passable à force d'incroyables concessions, de silence, de flatteries, de ménagements de tout genre? Aussitôt qu'il est mort, l'avocat du diable se tient à côté du cadavre, et l'ange qui doit lui répliquer fait d'ordinaire une mine pitoyable. )i>
On ne saurait exagérer l'importance des Xénies au point de vue historique. La campagne entreprise par Schiller et par Goethe pourrait se comparer à l'œuvre de Boileau, si le but où tendait le satirique français n'avait pas été bien éloigné de celui que les poètes allemands désiraient atteindre. Des deux parts, c'était un combat à outrance contre la médiocrité; des deux parts, on voulait éclairer le public, lui apprendre à distinguer le génie ou le talent marqué au bon coin de la monnaie courante et banale de la littérature facile. Mais, au dix-septième siècle, en France, la médiocrité s'appelait Chapelain, Cotin, Saint-Amant, c'est-à-dire le mauvais goût, le précieux, l'enflure; à la fin du dix-huitième siècle, en Allemagne, la médiocrité honorée prenait les noms de Nicolaî, de Schmidt, de Kotzebue, c'est-à-dire du pédantisme bourgeois, de la platitude, de la vulgarité.
Tandis que Boileau ramenait les esprits au bon sçns, au bon goût et à la raison, Goethe et Schiller s'efl'orçaient de les afi'ranchir des liens d'une raison étroite et rampante pour leur ouvrir les horizons d'une poésie plus pure, d'un art plus élevé, d'une philosophie plus haute. Ajoutez que Boileau confinait sa satire dans la région des lettres, tandis que les poètes des Xénies envahissaient les domaines de la politique, de la religion, de la philosophie, des sciences physiques et naturelles. Pour cette universalité de critiques et d'agressions, ils sont compa-
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rables à Voltaire, qui, avant eux, avait poursuivi de ses traits acérés les adversaires les plus divers, Maupertuiset Lefranc de Pompignan, Fréron et La Beaumelle, le Parlement de Toulouse eX les Jésuiles. Nous avons nommé Voltaire; mais Voltaire, c'est le génie même du persiflage et de la satire. L'ironie enjouée, la cruauté souriante, Télégance du tour, la finesse de l'expression, le trait léger qui blesse avec grâce, la pointe qui pénètre au vif sans qu'on l'enfonce, il excelle à manier toutes ces armes de répigramme et de la satire française. Les Xénies sontelles dignes des mêmes k)uanges? leur mérite littéraire va-t-il de pair avec leur valeur historique? A en croire Kœrner, l'ami de Schiller, « il règne dans la plupart une certaine vis comica dont il y a bien peu d'exemples en allemand ». « C'est ce qui en fait, ajoute-l-il,une œuvre d'art importante pour tous ceux qui ont le sens du comique, qu'ils s'intéressent ou non aux querelles littéraires*. y> Nous pensons que c'est là une pieuse illusion de l'amitié. Sans doute, on pourrait citer mainte épigramme à l'appui du jugement de Kœrner; nous en avons nousmême traduit quelques-unes des plus remarquables; mais les Xénies, dans leur ensemble, ne justifient point cette admiration. Beaucoup de traits ont la pointe émoussée; d'autres l'ont trop acérée, ou plutôt rude, et, si j'ose dire, brutale. Parmi ces épigrammes, il en est peu qui soient aisées et de prime-saut; il en est peu qui fassent rire l'esprit.
Si les deux poètes, pour excuser leurs épigrammes insignifiantes, soutiennent que chaque écrit a besoin de virgules et de points^, nous pensons que souvent ils abusent