‹ Étude sur les poésies lyriques de GoetheChapitre 149 sur 224 · Correspondance de Gizthe et de Schiller, I, p · texte numérisé non relu

Correspondance de Gizthe et de Schiller, I, p

et la crainte qui engloutit si vite le bonheur. Je n'ai, il est vraiy aucune objection satisfaisante à présenter. Mais je sens que je voudrais retenir toujours cette ivresse heureuse avec laquelle Alexis quitte la jeune fille et s'embarque. » Gœthe répond : u Pour la jalousie à la fia du poème j'ai deux motifs : l'un tiré de la nature, parce qu'en réalité chaque bonheur d'amour inattendu et immérité entraîne immédiatement à sa suite la crainte de sa perteS et un autre, fourni par l'art, parce que l'idylle a d'un bout à l'autre une marche pathétique, et que l'expression de la passion devait aussi être haussée jusqu'à la fin^. »

Ou saisit ici sur le vif la différence des caractères et des génies : d'un côté, le culte des figures idéales, le regret des rêves dorés et vaporeux de la jeunesse, l'art corrigeant la nature ; de l'autre, l'art observant et suivant les mouvements de la nature, l'amour de la réalité, la recherche des traits qui la dessinent et des tons qui la colorent. Ce contraste se marque dans les poésies lyriques comme dans les drames des deux poètes, et Heine le note avec une joie maligne : « Ignore-t-on que ces images idéales, si vantées, ces statues qu'élevait Schiller pour les autels de la vertu et de l'honnêteté, sont bien plus faciles à faire que ces petites créatures, pécheresses mondaines et souillées, que Gœthe nous laisse apercevoir dans ses ouvrages! '»

II est vrai que Heine lui-même est un disciple de Gœthe, amoureux de la vie, des mouvements spontanés de

1 . De môme, dans Othello^ la facilité avec laquelle Desdémone se donne au More devient plus tard aux yeux de ce dernier, un motif de jalousie de plus.

î. Correspondance, I, p. 155.

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