‹ Étude sur les poésies lyriques de GoetheChapitre 160 sur 224 · Ich ilebe dich, mich relzt deine schdne Gestâlt · texte numérisé non relu

Ich ilebe dich, mich relzt deine schdne Gestâlt

guées. Nous avons eu, dans une période antérieure de la poésie allemande, de très jolies choses de ce genre, et il y a beaucoup à dire dans cette forme, pourvu qu'on la pénètre et qu'on en surprenne l'originalité. J'ai commencé un dialogue entre un garçon qui est amoureux d'une meunière et le ruisseau du moulin, et j'espère vous l'envoyer bientôt. L'allégorie et la métaphore poétique s'animent par ce moyen, et surtout en voyage, où tant d'objets vous attirent, c'est un genre précieux. »

Cette dernière observation ne peut s'appliquer qu'à la seconde de ces ballades, car il n'y a aucune trace d'allégorie dans les trois autres. Les sources auxquelles Gœthe a puisé ces sujets sont très diverses. D'après ses propres indications, il est probable qu'il a imité quatre chansons, une anglaise, une allemande, une française et une espagnole.

Malgré quelques vagues analogies pour l'une ou pour l'autre, on n'a découvert avec certitude que le modèle de la troisième. C'est une romance française qui a paru en 1764 dans le Recueil des plus jolies chansons de ce temps.

Ces éléments disparates n'ont pu se fondre en un ensemble harmonieux; on se heurte à des contradictions ou à des obscurités, si on essaye de suivre d'une chanson à l'autre le fil du récit. Mais, isolées, elles plaisent par un style coulant et facile, par des images gracieuses ou par des expressions naïves ; la seconde surtout, le dialogue du jeune garçon et du ruisseau, est aimable et touchante, et le rythme offre des rejets de l'effet le plus heureux.

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Les dialogues dé la Meunière se rattachent encore, malgré leur date, par le sujet et le ton, aux ballades de la première période. Nous arrivons à une série de pièces d'un caractère bien différent, toutes nées à la même époque (1797): le Chercheur de trésors^ Y Apprenti sorcier y la Fiancée de Corinthe^ le Dieu et la Bayadère, Le sujet des premières ballades était emprunté aux croyances ou aux si^pçrstitipjis populaires; celles-ci reproduisent les récits fabuleux de l'antiquité, les mythes et les contes de l'Arabie et de l'Inde. Nous vivions là-bas avec les elfes et les nixes; ici, nous sommes entourés de magiciens, de revenants, de divinités étrangères. C'est un autre milieu, une nouvelle atmosphère : les mystères voluptueux et raffinés de l'Orient succèdent aux simples et naïves merveilles des, imaginations septentrionales.

Évidemment, Gœthe n'était plus soucieux de plaire au peuple, d'entendre un écho sonore répéter ses chansons. Il n^avait jamais écrit en vue de la gloire, mais ses premières œuvres avaient jailli du fonds de sentiments et

d'idées commun à sa nation et à son siècle. Â partir de son voyage d'Italie il suit sa voie solidaire d'artiste curieux et savant, et il s'étonne que ses compatriotes ne soient pas aussi souples que lui, aussi disposés à briser les moules de leurs conceptions, à les renouveler, à changer leurs horizons et leurs dieux.

La forme se modifie en même temps que l'inspiration:

les Strophes du Roi des auneSy du Pêcheur^ du Roi de Thulé, destinées à se poser sur les lèvres des hommes, à parcourir en chantant toute rÂllemague, ont un rythme simple et franc, net à l'oreille et familier à la mémoire ; les strophes de V Apprenti sorcier^ de la Fiancée de Corinthe, du Dieu et de la Rayadère^ qui ne s'adressent qu'aux délicats et ne charment que les connaisseurs, ont une coupe plus variée, plus savante, des entrelacements de rimes et des ciselures plus rares. La déclamalion les fait valoir plulôt que le ehant; elles parlent à rimagination désintéressée, à la pure fantaisie^ plutôt qu'à rimagination qui éclaire et relève le sentiment.

V Apprenti sorcier met en action une anecdote de Lucien. Un Athénien de bonne m^iison, Eucrate, voyage avec un sorcier de Hemphis, nommé Pancrate, dont il admire les tours extraordinaires. Pour toute escorte, ils n'ont qu'un balai, qu'une formule magique peut changer en valet propre à tous les services. Eucrate surprend la formule, et, en Tabsence du sorcier, il prend le balai, l'anime et lui ordonne d*apporter de l'eau. Celui-ci obéit à ses instructions; mais lorsque Eucrate lui cammandede s'arrêter et de reprendra sa forme première, il n'écoute pas, il continue à verser l'eau jusqu'à inonder la maison. L*apprenti, dans son désespoir, coupe en deux le balai; voilà deux porteurs d'eau infatigables au lieu d'un. Enfin Pancrate revient, rend au balai sa forme et s'enfuit pour échapper au scandale.

Ce dernier trait est supprimé dans la ballade de Gœthe, ainsi que le début de l'histoire. — Nous avons admiré dans le Nouveau Pausias l'habileté du poète à mettre un récit en dialogue; il accomplit ici un tour de force tout aussi surprenant, celui de mettre une série aussi

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variée d^événemcnts dans la bouche d'un seul personnage, qui ne les expose pas, comme dans la narration de Lucien, après l'aventure, mais qui les voit s'accomplir SOUS ses yeux. Rien de plus vif, de plus précipité, de plus haletant que ce flux de paroles saccadées qui ont peine à suivre le cours rapide des incidents* :

« Voyez, il court, il descend au rivage. Vraiment il » est déjà à la rivière, et aussi prompt que l'éclair, le » revoici avec un jet rapide. Déjà pour la seconde fois! » Comme l'eau monte dans la cuve! comme chaque » vase s'emplit jusqu'au bord!

» Arrête, arrête, nous avons de tes dons pleine me- » sure...Âh! je m'en aperçois... malheur! malheur!... » Le mot, je l'ai oublié.

)) Ah! le mot, par lequel enfin il devient ce qu'il était ! » Ciel, il court et se hâte de porter ! que n'es-tu le vieux n balai!

» Toujours de nouveaux seaux qu'il apporte ! hélas ! et » cent fleuves se précipitent sur moi !

)) Non, je ne puis le souffrir plus longtemps. Je vais le )) saisir; c'est de la malice. Ah! toujours mon angoisse )> augmente. Quelle. mine! quels regards!

» rejeton de l'enfer I Veut- il noyer toute la maison? )) Je vois déjà par chaque porte courir des torrents. Un

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