Wer Grosses wiil muss sich zusammenraffen
Vers la fin de 1807, pendant un séjour à léna, Goethe écrivit le cycle de sonnets qui se trouve en tête du second volume de ses poésies. Riemer raconte qu'à cette époque, dans les soirées de lecture chez Frommann, chez Knebel, on lut surtout des sonnets de Klinger, de A. W. Schlegel, de Gries, de Zacharie Werner enfin, qui assista lui-même à quelques-unes de ces réunions. <r Gœlhe, ajoute-t-il, s'essaya aussi en silence^ car c'était sa manière de se laisser exciter à la production par des modèles célèbres.»
Quelle nouvelle passion s'était emparée du cœur de Gœthe? à quelle nouvelle amie sont consacrés ces sonnets? Après la publication de la Correspondance de Gœthe avec un enfant^ la question semblait tranchée en faveur de Betlina Brentano, la fille de Maximiliane Laroche. Celle-ci se donne pour l'inspiratrice des sonnets, et il faut reconnaître que, si les lettres qu'elle publie sont authentiques, le doute n'est pas possible. Plusieurs de ces lettres, en effet, sont de véritables paraphrases des sonnets ; elles en procurent la clef, elles en marquent les circonstances, elles en éclairent les moindres détails. Hais Riemer, fort de l'autorité que lui donnait son intime liaison avec Gœthe, contesta, dans ses Communications^ l'authenticité de cette correspondance. Depuis ce moment, la critique sérieuse d'outre-Rhin n'a consulté qu'avec défiance l'ouvrage de Bettina, comme on fait un roman où la fiction et la vérité s'amalgament au point qu'il est impossible de les démêler.
Néanmoins, la prétention de Bettina à l'égard des sonnets est bien spécieuse ^ Les déclarations passionnées
In der Beschrânkung zeigt sich ersl der Meister, Und das Gesetz nur kann uns Freiheit geben.
i. Voir sur « Minna Herziieb et Bettina Brentano » un article de
de la bien-aimée (S. 8-10) rappellent ce culte enthousiaste que la mutine et romanesque enfant avait voué au poète de Faust. Elle ne peut pas finir t Ce titre du dixième sonnet ne pourrait-il pas servir d'épigraphe à la correspondance tout entière de la bavarde jeune fille ? D'ailleurs, la date même de la composition des sonnets ne concorde-t-elle pas avec celle des premières visites de Bettina à Weimar? Quoi de plus pariant que cette coïncidence, et comme nous savons par d'autres témoignages que Goethe ne fut pas indifférent au charme étrange de l'espiègle rêveuse, quoi de plus plausible que cette interprétation des sonnets ? quoi de plus légitime, en apparence, que cette revendication de la part de Bettina ?
Cependant, un autre nom a été mis en avant, et c'est lui qui réunit aujourd'hui le plus de suffrages, Minna Herziieb, la fille adoptive du libraire Frommann, à peine âgée de dix-huit ans, avait gagné le cœur du < cher vieux monsieur» (c'est ainsi qu'elle appelait Goethe). Celuici n'avait pas trahi la violence du sentiment qu'il éprouvait ; mais un passage des Annales fait allusion aux luttes qu'il eut à soutenir en lui-même : « Pandorey dit-il, de même que les Affinités électives^ exprime le sentiment douloureux de la privation *. » Minna est l'original d'Ottilie, l'héroïne de ce dernier roman. Voici comme nous la dépeint son biographe le plus autorisé ^ : « Elle n'avait
M. Hermann Grimm {Pretusische Jahrbùcher, XXX, p, 593) qui dénote un sens critique fort supérieur à celui dont il avait fait preuve dans son élude sur « Gœthe et Suleika. » (Voir p. 343.) Mais en qualité de gendre de Bettina, ses conclusions sont trop favorables à cette dernière.