‹ Étude sur les poésies lyriques de GoetheChapitre 174 sur 224 · rf.,p · texte numérisé non relu

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manque d^aisance et de souplesse. En un mol, ces sonnets, quelle que soit la finesse de certains détails, n'ajoutent rien à la gloire poétique de Gœthe. II leur manque à la fois cette souveraine perfection de la forme qui assigne un rang si élevé à ceux de Pétrarque, et cette vigoureuse franchise de la passion qui donne un si étonnant relief aux sonnets de Shakespeare.

Habitué à s'observer, à s'étudier, à suivre les mouvements de son esprit et de son cœur, à chanter pour soi, pour se délivrer des émotions trop vives qui troublaient l'équilibre de son âme, Goethe ne cultiva guère, surtout dans sa jeunesse, le genre aimable, familier, tout en dehors, qu'on peut désigner sous le nom de Poésies de société.

Nous n'avons pas eu jusqu'ici à citer de lui une seule de ces chansons joyeuses où excelle notre Déranger, qui jaillissent d'un cerveau en gaieté dans une heure de bienêtre et d'insouciante folie, qui s'entonnent au dessert et circulent de bouche en bouche avec les libres propos et les éclats de rire, au milieu du cliquetis des verres et du pétillement du vin de Champagne. Mais l'occasion, on le sait, était sa muse, et deux circonstances favorables vinrent combler cette lacune.

En 1801, Gœthe et Schiller fondèrent un cercle littéraire avec quelques beaux esprits et plusieurs dames de la société de Weimar. Falk* raconte que chaque membre

a^ait dû se choisir une dame au service de laquelle il se consacrait exclusivement comme un preux et galant chevalier. Il nomme parmi les dames présentes mademoiselle de Gœchhausen, Charlotte de Schiller, sa sœur madame deWoîzogén, Améhe d'Imhof, la comtesse d'Egloffslein: cette dernière avait Goethe pour cavalier servant.

Au bout de quelques mois, cette société, formée sous de si heureux auspices, reçut un coup mortel. Roizebue n'avait pu s'y faire admettre, grâce à l'opposition de Gœthe ; il se vengea en essayant de jeter la désunion entre les deux poètes, par l'organisation d'une fête en l'honneur de Schiller. Il échoua dans son entreprise dont on avait deviné le but perfide, mais il réussit à détacher du cercle littéraire de Gœthe quelques dames qui ^s'étaient promis de prendre une part active à la fête du 5 mars. La réunion ne put survîvi'e à cette scission. Pour cette société, Goethe avait coAiJ)0sé, sur des mélodies connues, plusieurs pièces de vers, qui furent chantées aussitôt qu*ééritès. Cette publication immédiate et vivante stimulait son ardeur : il savait ce qu'il voulait, pour qui il travaillait ; il songeait à l'atcuéil réservéà ses vers, aux approDa^ tîons de ses amis, au sourire des dames, au quart d'heui'e d'enjouement et de vivacité plus grande dû à sa poésie. Rien ne lui était plus pénible que de travailler dans le vide, sans àiguilion intérieur, sans stimulant extérieur ; rîeii ne Féxcitâit, rien ne le sollicitait comme une émotiôû présenté où un but prochain. Aussi, à la cI6tlire ié tés réunions èdi-respond un arrêt dans la coniposîtiôn diés chants de société.

En 1810, nouvelles sollicitations et nouvelle floraison. G*e^,*a*ûne part,rôr{>^anisaiion d'une société chorale qui se réunît chfeVGcëthe tous les iiuit jburs (' d'autre parf,

sort: jntiraitè avec lé compositeur ZeHer, dont le talent a1maî)le et facile se plîaît a toutes les inspirations ide^soii illustré artii. Zêltër dirigeait d'aniéuris un Orphéon ré-iharûuable, de sorte que le poète 'dé Weimàr était assuré d'entendre en même temps ses chants cfans sa propre maison et de les savoir répandus a Berlin dans un plus ^rand auditoire. / ^

Ces châtia de société tiennent ce que leur tîirë promet. Ils sont rexpréssîon des sèntîraénls' dé tous, et Hndîvidualtilé du poète se dissTmule où s'efface. Là pu elle apparaît, elle se revêt d'un costumé'populaîre.'Gœlhé, dans ces chansons, ne confié pas les secrels èf rie développe pas lés replis de son âme;; il ne livré de ses sentiments que ce qui jaillît spontanément au dehors. Qui voudrait faire montre dé ses trésors ou étaler ses blessures secrètes devant ùhé assemblée de c6nyives''insoucianls et bavards ?

Les poésies do circonstance oii de société peuvent présenter des caractères bien divers.

Les iihes tournent autour de rêvétiehie'nt dii Jodr, noces où baptêmes, arrivée où départ des personnel^ fêléésj annîversàii^e de naissance ou de victoire, pose dé la prémièiré pierre d^un édifice ou cl^ldre des séantes d^^ûri cercle, Sainte-Cécilè où Saint-Cliàrlémagne:' Elles né s'ècàrterit pais de cette donitée première; elles s'y complaisent. Ces chansoris^onl tin moment' "uïiiqùe et rapide d'êclal et dô i*ayoiineïneni/ C*eSt comme un èos^tiime de Bâl masqué qui sèîntillé'auk îféUît péndànt'^uélques heures, qui éblouit tous les regai*ds et 'coïKjfuîerl tous les suffrages, et qui gît ensuite; usé'; tèiTii, dans quelque recoin d'armoire, où les mites percent leurs trouées dans la brillante défroque. » - '

D'autres chansons ne font pas même allusion à l'objet de la réunion, soit qu'elles le supposent connu et célébré par d'autres, soit que cette réunion ait son objet et son but en elle-même, dans le plaisir de se voir, de rire, de chanter ensemble ; elles donnent un tour piquant à un sujet d'un intérêt universel, elles découpent en scènes comiques et en exemples vivants quelque règle de morale aisée, elles relèvent un lieu commun, dont l'à-propos est éternel, par des saillies nouvelles et plaisantes. Si leur succès est moins bruyant le premier jour, il est plus solide et plus durable.

D'autres enfin mêlent aux allusions particulières des considérations générales ; elles se posent d'abord sur le point fixé ; puis, sans perdre de vue leur objet, elles s'élèvent, elles planent, elles embrassent les horizons lointains. Cette dernière catégorie de chansons concilie les avantages des deux autres. Elle joint l'intérêt présent des pures chansons de circonstance à l'intérêt constant des poésies d'un caractère plus général.

Nous trouvons dans les chansons de Goethe des pièces de ces trois genres. Au premier se rattache le Chant d'inauguration du cercle littéraire*. Le poète consacre une strophe à chaque couple improvisé. Nous ne doutons pas que l'assemblée n'ait saisi au vol les allusions et ne les ait accueillies par un rire sonore ; mais pour nous qui ne les comprenons plus, ou qui devons les retrouver par de pénibleâf conjectures, l'ennui remplace le plaisir et la monotonie de l'énumération fatigue l'oreille et l'esprit. Sommes-nous en droit de blâmer le poète? Nullement. Ce n'est pas pour nous qu'il a écrit cette chanson ; elle a

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