‹ Étude sur les poésies lyriques de GoetheChapitre 18 sur 224 · Franz, dans Gœti de Berlichiiigen. Goethe, IX, page · texte numérisé non relu

Franz, dans Gœti de Berlichiiigen. Goethe, IX, page

consenti, blâme du plaisir acheté. Le fond du Volkslied n*est pas la réflexion, mais le sentiment : aussi ne se déroule-t-il pas selon Tordre logique des idées ; il s'enfle, il fléchit, il se brise au gré des impressions de l'âme, des mouvements précipités ou languissants de la passion.

Dans les recueils de vers du xviii*' siècle on rencontre à chaque page de froides allégories, où l'image cherchée et travaillée reproduit, avec un scrupule d'exactitude irréprochable, les moindres contours de l'idée. Ici encore, nous pouvons citer, dans les premières chansons de Gœlhe, VInconstance et les Joies. C'est, au contraire, dans l'expression de ces analogies de la vie de l'univers et de celle de l'âme, de ces affinités de la nature et de l'homme, qu'excelle et triomphe le Volkslied. c Dans les chansons populaires, dit un critiqne qui est en même temps un des poètes qui les ont imitées avec le plus de talent*, tout fleurit et verdit. L'hiver et l'été, la forêt et la prairie, les feuilles et les fleurs, les oiseaux et les animaux des bois, l'eau et le vent, le soleil, la lune et l'étoile du matin apparaissent tantôt comme les personnages principaux des chansons, tantôt du moins à l'arrière-plan, ou en qualité de cadre et d'ornementation... L'homme ne cherche pas seulement dans la nature des emblèmes, des symboles, des images brillantes, mais encore ce qui donne à tout ceci la consécration poétique, l'accord intime, grâce auquel la nature ofl're un miroir ou un écho pour tous les mouvements de son cœur. 7>

D'ailleurs, le Volkslied ne fit que hâter l'éclosion d'un germe que la nature avait déposé dans l'âme de Gœthe,

l. Uhland, Histoire de la poésie et de la légende. Voir aussi sur la chanson populaire Touvrage intéressant de M. £. Schuré : Histoire du Lied.

et qui ne demandait qu'à croître et à fructifler. Plus qu'aucun autre poète, Gœthe saisit les liens subtils qui unissent la nature à l'horome^ les sourires et les larmes des choses; chaque fleur a son sens, chaque herbe a sa vie ; tout ce vaste univers parle au poète par mille voix diverses et répond à toutes les nuances de ses pensées et de ses sentiments.

Si nous cherchons à définir par un seul mot cette faculté essentielle du génie lyrique, nous ne croyons pas nous tromper en lui donnant le nom AHntuitionK L'intuition procède autrement que le symbole. Celui-ci est le résultat de la réflexion. L'esprit qui le conçoit le sépare de l'idée qu'il représente. Dans les dernières années de Gœthe, lorsque l'imagination perdra sa souplesse et que les combinaisons ingénieuses remplaceront les impressions naïves, le symbole abondera dans sa poésie : nous le rencontrons dans le Divan comme dans le second Faust, dans les Xénies apprivoisées comme dans Pandore. Mais dans son âge de force créatrice et de fécondité, le signe et l'idée, l'image et le sentiment se pénètrent Tun l'autre grâce à l'intuition*. Goethe insiste souvent sur ce point dans ses lettres, dans ses maximes, dans ses poésies. « Je ne trouve mon salut que dans l'intuition », écrit-il à Schiller^. Dans ses Réflexions, il en fait une analyse aussi subtile que profonde. «C'est une chose bien différente pour le poète, de chercher l'image

1. Nous n'ignorons pas que les philosophes donnent à ce mot un sens différent ; mais aucun terme ne traduit mieux le mot Anschauung, qui revient sans cesse sous la plume de Gœthe ; d'ailleurs, plusieurs critiques se sont déjà servis de cette expression.

2. Voir plus loin, comme exemple d'uae intuition prolongée, rélégie d'Amyntas (chap. X).

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