Correspondance^ II, page lOO
POÉSIES SUR FRÉDÉUIQUE. 35
particulière en vue de l'idée générale et de voir l'idée générale dans l'image particulière. Du preniier cas résulte Tallégorie, ou l'objet particulier n'est qu'un emblème, un exemple de l'idée générale ; mais le second procédé est, à proprement parler, l'essence de la poésie. : elle exprime un objet particulier, sans songer à l'idée générale ou sans y faire allusion. Mais celui qui saisit vivante cette image particulière reçoit en même temps l'idée générale, sans le remarquer ou en ne le remarquant que plus tard*, »
Mais la ressemblance entre le Volkslied et les chansons de Gœthe est surtout sensible dans la forme extérieure,^ dans la cadence, dans Tallure des strophes, dans la coupe des vers, dans le style. Gœthe emprunte à la chanson populaire l'allitération, l'assonance, les fréquentes répétitions de mots et de vers; le rythme souple, varié, toujours approprié au sentiment; le refrain qui marque à l'oreille, sous une forme sensible, l'unité de l'impression ; la phrase courte et vive sans proposition incidente ni subordonnée; la suppression de l'article, l'adjectif rejeté derrière le substantif, les nombreux diminutifs, les fréquentes élisions; l'abondance des tours populaires et familiers, la hardiesse dans la composition des mots nouveaux; la concision qu'exige une intuition profonde^; la rapidité du développement dont chaque strophe exprime un moment saillant; la franchise du début, l'impétuosité de l'attaque, ce premier «jet hardi » ^, dont Gœthe admirait la naïve puissance et où il retrouvait les mouve-