ScHOBLL, Lettres et compositions de GcBihe, p
n'auraient sans doute point fait sortir Goethe d'une admiration passive, si un dernier et plus puissant appel n'avait été adressé à son génie. En 1812 et en 1813 paraissent les deux volumes du Divan de Hafîz, traduit en entier pour la première fois par Hammer. Pendant le printemps de 1814, Gœthe forme le pirojet de l'imiter. Aussitôt la lecture d'ouvrages relatifs à l'Orient ne subit plus d'interruption. C'est le livre de CabuSy traduit par Diez; c'est la Vie de Mahomet y d'Œlsner; ce sont les Mines de V Orient y par Hammer; les Voyages de Pietro délia Valle, d'Olearius, de Tavernier, de Chardin; la Bibliothèque orientale d'Herbelot; la Chrestomathie arabe, de Sylvestre de Sacy; l'ouvrage de Hyde sur la religion des Perses.
Le 2 janvier 1807, Knebel écrivait à son ami : « Je me réfugie dans la littérature indienne. La paix profonde qu'on y respire, qui aboutit presque à un entier détachement du monde, forme un contraste étrange avec ces temps de trouble et de désordre. »
Ce que Knebel avait fait en 1807, Gœthe le fil en 1814. Il se réfugia en Orient, il s'entoura des vives et séduisantes images qu'évoquait en foule la lecture de Hafiz : <r Je sentais profondément, nous dit-il, la nécessité de me dérober au monde réel, publiquement et secrètement plein de menaces, pour vivre dans un monde idéal et y prendre, à mon gré, suivant mes forces, en toute liberté, ma part de plaisir ^ > Il traduisait ce sentiment en vers dans la première pièce du Divan :
« Le Nord et l'Ouest et le Sud volent en éclats, les trônes » se brisent, les royaumes tremblent : sauve-toi, va dans :» le pur Orient respirer l'air des patriarches, au milieu