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3â8 POÉSiklS LYRIQUES DE GUETHE.
3> des amours, des festins et des chants, la source de » Chiser te rajeunira *. >
Mais tandis que son ami se contentait de s'abandonner aux impressions qu'éveillait en lui la vue de ce monde inconnu, lui-même, ébranlé et troublé par ces soudaines visions, ne pouvait en supporter la magie qu'en évoquant à son tour un monde d'images analogues. « Je fus obligé de produire, sans cela je n'aurais pu supporter cette puissante apparition. » Après la découverte des poésies populaires, il avait écrit ses premiers lieder; après la vogue du recueil de Percy, il avait composé ses plus belles ballades; à l'admiration pour les odes de Pindare avaient succédé ses grands morceaux lyriques; à l'étude de Properce et de Martial, ses élégies et ses épigrammes. Il suivait donc une règle constante en composant le Divan à l'imitation de HaGz. L'admiration qui, chez la plupart des hommes, est une faculté passive et décourage l'émulation, sollicite, au contraire, son activité poétique.
Mais son admiration de la poésie orientale et le besoin de se réfugier dans un monde idéal ne suffisent point à expliquer cette métamorphose et ce long travestissement. Pour qu'un poète personnel comme Goethe prenne un costume étranger, il faut que ces vêtements nouveaux conviennent à son caractère, et qu'il puisse s'y mouvoir à l'aise sans faire violence à son maintien de tous les jours et à son allure accoutumée. On le voit, dans ses lettres à
Nord und Vfesi und Siid zersplitterD, Throne bersten, Reiche zittern :
Fliichte du, im reinen Osten Patriarchenluft zu kosten ; Unler Lieben, Trinken, Singen SoU dich Cbisers Quell verjungen.
GOBTHE, IV, 1.
Zelter, découvrir et constater chaque jour des analogies nouvelles entre cette poésie et ses propres penchants : a Cette religion mahométane, la mythologie, les mœurs, donnent cours à une poésie qui convient à mon âge. L'abandon absolu à la volonté insondable de Dieu, une vue sereine du train dici-bas toujours mouvant, se reproduisant toujours comme un cercle ou une spirale, l'amour, la sympathie oscillant entre deux mondes, toute réalité épurée, se perdant en un symbole : que peut demander davantage le grand-papa * ? »
Dans l'analyse que Gœthe nous donne, à la suite de son Divan, de la religion, des mœurs, de la poésie orientales, on n'a qu'à dégager les traits les plus saillants pour énumérer les caractères de sa propre poésie, à cette heure de déclin, ou, si l'on préfère, de troisième jeunesse et floraison poétique. Cette religion n fondée sur la touteprésence de Dieu dans ses œuvres du monde sensible', » n'est-ce pas la sienne? n'est-ce pas ce panthéisme spiritualiste, cette adoration du Dieu-Nature que nous retrouverons dans ses poésie philosophiques? Ces comparaisons € qui supposent l'observation la plus immédiate de la nature de la réalité, et réveillent en même temps une haute idée morale 3, :» ne répondent-elles pas à son goût prononcé pour le symbole qui devient avec les années comme la forme naturelle et le moule même de sa pensée ? Enfin, lorsqu'il résume ainsi les qualités dominantes de la poésie orientale, c le vaste coup d'œil qui embrasse tous les points de l'univers, la facilité de rimer, un cer-