Le Divan de Hap,*^ par Rosenzweig-Schwànàu
plus lard à Eckermann que des sujets où les sens ont leur part faite d'avance conviennent le mieux au vieillard *. N'avons-nous pas vu naguère un de nos plus grands poètes * célébrer les caprices sensuels de l'adolescence dans ces mêmes années d'un automne avancé où la passion d'ordinaire a depuis longtemps éteint sa flamme et cédé la place à de plus sérieuses pensées? Dans le Divan, les maximes de l'expérience et les vues élevées de la sagesse côtoient les effusions de l'amour le plus vif, et Gœlhe marque bien ce double courant d'inspiration lorsqu'il écrit à Zelter : « C'est un genre de poésie qui sied à mon âge, à mes habitudes de penser, à mes vues et à mon expérience, et qui permet en même temps d'être aussi fou dans les sujets amoureux que l'est toujours la jeunesse ^ »
Avons-nous suivi toutes les voies qui conduisent Gœthe vers l'Orient? échapper aux agitations du jour, rivaliser avec un poète qu'il admire, se mouvoir sans cesse, grâce à l'abondance des symboles dont il s'environne, entre les phénomènes du monde sensible et les conceptions du monde idéal, peindre l'objet de son amour de couleurs plus vives et plus étranges, sont-ce là toutes les causes de sa métamorphose, tous les mobdes de ce qu'il appelle son Hégire? Nous pensons qu'un autre motif encore, plus secret et plus puissant, l'a porté à ce travestissement. Cette Suleika qu'il célèbre a vécu ; nous connaissons aujourd'hui son nom. Mais il ne convenait pas à Gœthe de le révéler ; il l'a caché même à ses meilleurs amis, à Zelter, à Boisserée; ce dernier, qui vit