Der kecke Wurf
menls mêmes de la na'iire. Ce jet hardi, il désespère de régaler : aussi ne se fail-il pas scrupule de le reproduire. Il attaque souvent son lied par un début connu d'une chanson populaire ; ce vers lui donne le ton, la note juste; il module et développe ensuite à son gré, en toute liberté, avec un art délié,- une sûreté de voix que le Volkslied ne connaît point.
Il faut tout dire, en effet : ce Volkslied, si spontané et si mélodieux, ne se soutient pas toujours : il y a des parties faibles, des expressions ternes, des images banales; il ne sait pas fondre les tons, ni assortir les nuances; c'est une voix fraîche, harmonieuse, mais sans culture, qui faiblit parfois et détonne. Pour embrasser la dislance qui le sépare du lied de Gœlhe, il suffit de se rendre compte de ce que Fart peut faire de la matière qui lui est confiée, comment il s'entend à la polir et à la façonner. Voyez Horace : il avoue lui-même que le génie naturel, la vive inspiration lui font défaut, qu'il n'est qu'une abeille qui compose son miel du suc exquis des fleurs de la Grèce ; mais s'il n'a pas l'élan, la verve entraînante, le souffle puissant, que de grâce dans les détails, quelle entente des effets, quelle science merveilleuse des tours et des expressions ! Si l'ensemble de l'ode manque d'unité et n'est pas emporté dans un même courant poétique, nous oublions de nous en plaindre, en admirant l'expression qui brille, le tour qui se plie et s'achève, les perles enchâssées avec un soin curieux dans toutes les strophes. En un mot, la poésie populaire nous touche, nous émeut, nous entraîne; la poésie savante nous occupe, nous plaît, nous enchante. Si la première est plus franche et plus spontanée, la seconde a plus de fini et ulus d'art. Elle est la joie des délicats, de l'élite
des esprits cultivés; Tautre est la nourriture de la foule, des esprits simples et des âmes naïves.
Mais ces deux genres de poésie sont-ils nécessairement opposés? ne peut-on exceller à la fois dans l'un et dans l'autre, atteindre les deux sommets? n'y a-t-il pas un sentier étroit et difficile qui les relie? Ce sentier, Gœthc l'a découvert, ou plutôt la nature l'a conduit par la main; elle lui a laissé cueillir en abondance sur sa route les boutons demi-éclos et les fleurs épanouies. Le bouquet qu'il nous offre exhale à la fois la saine et forte senteur qui trahit les fleurs des bois et le parfum subtil et rare de celles que la culture a développées.
Nous avons dit que Frédérique Brion est l'objet des premières chansons de Goethe dans le goût du Volkslied. Il est superflu d'exposer en détail l'histoire de cette liaison, et de raconter, après Goethe lui-même, après tant d'autres biographes *, l'idylle de Sesenheim ^. Nous abor-
1. DuNTZER, Praumbilder aus Gœthe*s Jugendzeit; Fr. Laun, Friedenke Brion; N^eke, Wallfahrt nach Sesenheim; Stgeber, Der Dichter Lern und Fr. von Sesenheim ; Ldcius, Aus der Geschichte eines alten Pfarrhauses ; Fr. Brion von Sesenheim Leyser, Gœthe zu Slrassburg; Bâter, Dos Heidenrœslein, oder Gœlhes Sesenheimer Lieder, 1877. — La poésie, le théâtre et le roman ont déjà souvent traité l'épisode de Sesenheim : voir A. Grun, Friederike; Ed. Scm)hh£^, Das Pfarrhaus von Sesenheim; Freieisen, Die beiden Friederiken in Sesenheim; Hi beau, Gœthe in Strassburg; Horn, Gœthe in Slrassburg und Sesenheim.
2. L'orthographe exacte serait Sessenheim; mais Goethe, dans ses
dons tout de suite Tétude des Lieder adressés à Frédérique, et nous ne reviendrons sur les divers incidents de cet épisode célèbre de la jeunesse de Goethe qu'autant que les poésies les éclairent ou qu'ils servent eux-mêmes à fixer la date des poésies.
Il y a d'abord une série de pièces que Gœlhe n'a pas recueillies dans ses œuvres ou qu'il a rejetées parmi les poésies de circonstance.
Ces chansons sont des ébauches rapides^ qui gardent la vive empreinte de la réalité, du moment qui les a éveillées. L'art ne les a point polies, soit que la matière en fût trop médiocre, soit que Gœthe, ce qui est probable pour la plupart, les eût égarées et oubliées. La première de ce que nous pouvons appeler le ^^ahier ou l'album de Frédérique, est une aubade, écrite sans doute à Sesenheim, un matin qu'il attendait avec impatience le réveil de son amie*. Le mouvement en est gracieux, le sentiment ingénu et tendre, la langue simple; mais quelques négligences d'expression ou de rime, des obscurités, des contradictions même dans la pensée nous permettent de supposer que, loin d'avoir été trop éloigné de Frédérique, comme le prétend la dernière strophe, il était trop rapproché d'elle quand il composa ce lied, et qu'il lui manquait à la fois le temps et le calme nécessaires pour donner à ses vers un tour achevé.
Plus gauches encore sont les strophes qu'il écrivit après la visite de Frédérique à Strasbourg*. S'il est vrai
Mémoires, a, pour ainsi dire, consacré celle que nous suivons avec la plupart des critiques,