Ach ! um deine feuchten Schwingen
West, wie sehr ich dich beneide :
Denn du kannst ihm Kunde bringen, Was ich in der Trennungleide.
Die Bewegung deiner Fliigel V\^eckt im Busen stillcs Sehnen; Blumen, Auen, V\^ald und Hiigel Stehn bei deinem Hauch in Thrânen.
Doch dein mildes sanfles V\^ehen KUhlt die wunden Augenlieder ; Ach ! fnr Leid miisst' ich vergehcn, Hoift' ich nicht zu sehn ihn wieder.
Elle denn zu meinem Lieben, Spreche sanft zu seinem Herzen;
< Marianne s'arrêta, me regarda quelque temps avec ses yeux gris bleus, vifs et brillants, et dit: <r Réponds -
> moi, qu'est-ce qui te fait dire cette poésie? — Oh! » elle vient de m'enlrer dans l'esprit avec tant de force, » répondis-je. C'est une des plus belles de Gœthe. y»
h Marianne continuait à fixer sur moi ses regards, comme voulant parler et se demandant si elle devait le faire. — «Écoute, m'écriai-je subitement, et j'ignore moi- 3 même comment cette pensée me traversa l'esprit, cette
> poésie est de toi? c'est toi qui l'as faite? — Tu ne dois le )) dire à personne, fit-elle après une pause en me tendant » la main; oui, c'est moi qui ai fait ces vers*. »
Puis, par correspondance, elle fait le départ de ce qui lui appartient dans \eDivany elle explique à M. Grimm le langage mystérieux dont ils se servaient au moyen de chiffres renvoyant aux pages et aux lignes du Divan de Hafiz;elle lui envoie un modèle de ce genre de lettres, ainsi que deux des poésies qu'elle revendique avec de légères variantes et avec les litres suivants : Vent d'est, le revoir^ le 6 octobre 1815*. Vent (T ouest, retour d'Heidelberg, octobre 1815.
Doch vermeid'ihn zu betriiben Und verûirg ihtn meine Schmerzen.
Sag ihm, aber sag's bescheiden :
Seine Liebe sei mein Leben, Freudiges Gefiihl von beiden Wirdmir seine Nâhe geben.
Goethe, IV, p. 103.
1. Emilie Kellner raconte de même que Marianne de Villemer dit à Jenny Lind, qui avait chanté devant elle ce lied : « Savez-vous donc, mon amie, que ce n'est pas Gœthe, mais moi, votre petite, insignifiante gran^mèrey qui ai composé ce lied, et que je suis moi-même cette Suleika que Gœthe a célébrée. »
2. L'édition in-quarto des œuvres de Gœthe donne pour cette poésie
H. Grimm suppose que Marianne n'a pas voulu trahir par prudence la pleine étendue de sa participation au Divan, et que tous les chants où Suleika parle elle-même doivent lui être attribués. 11 ajoute : a Ces vers ont une sorte de parenté. Il règne dans le développement un ton particulier, que je comparerais volontiers au ton mineur des chansons populaires et qui n'appartiennent à Goethe que dans de rares occasions. De tout le Divan, on Tentend presque exclusivement dans les chants de Suleika. »
Voilà la substance de l'article de M. Grimm au sujet de la paternité de ces poésies.
Nous avons assisté dans notre siècle à trop de tentatives hardies de donner le change au public, à trop de supercheries littéraires couronnées d'un plein succès, pour accepter sans défiance les prétentions nouvelles et les affirmations dénuées de preuves palpables. N'avons-nous pas vu en particulier se jouer du nom de Goethe l'arrangeur ou le rapsode du livre des chants de Sesenheim et la romanesque Bettina?
Nous ne trouvons dans l'article de M. Grimm rien qu'un esprit ingénieux et subtil n'ait pu imaginer et combiner. Nous ne parlons pas du premier entretien de Marianne et de M. Grimm : il est clair que cette exposition romanesque n'est point faite pour inspirer la confiance, et que, si la réalité dispose parfois ses scènes dans un cadre aussi choisi, la fiction ordonne toujours les siennes avec cette habile gradation de lignes et de couleurs. Les explications données par Marianne sur la correspondance chiffrée et les modèles fournis par elle tétaient faciles à
la date du 23 septembre : le Journal de Boisserée confirme cette dernière date.
inventer pour tout lecteur des notes du DivanK Quant au texte primitif de deux d'entre les poésies revendiquées, et aux variantes qu'elles offrent, qui ne sait que cette diversité est la première précaution de tous les fabricants de manuscrits, et l'un des pièges le plus ordinairement tendus à la bonne foi des critiques? La preuve intérieure, tirée de la comparaison des lieder de Suleika avec les autres poésies du Divan, insuffisante par elle-même, ne pourrait corroborer d'autres témoignages que si elle était soutenue et développée par une étude attentive, qui relè~ verait moins la différence du ton que celle du style et des idées. En effet, la première peut fort bien s'expliquer par l'opposition des sexes. Gœthe n'aurait fait que se conformer à une des premières règles de l'art en plaçant en regard des chants de Hatem, plus francs, plus mâles, écrits dans le mode majeur, ceux de Suleika, d'un caractère plus doux, d'un coloris moins éclatant, composés, selon l'expression de M. Grimm, dans le mode mineur.
La lecture de cet article nous laisse donc hésitants et incertains; elle nous attriste en faisant errer nos soupçons tantôt sur la sincérité morale du critique ou de sa confidente, tantôt sur la sincérité littéraire du poète, accusé d'avoir mêlé à ses chants des poésies auxquelles il n'a point de part. Pour éclaircir nos doutes, relisons le livre de Suleika et demandons au Divan lui-même la solution de ce problème délicat.
Hatem ^ vient de retrouver Suleika après une longue absence. Au lieu de s'abandonner à la joie du revoir, il demeure silencieux, triste, inquiet; Suleika l'interroge avec tendresse :