‹ Étude sur les poésies lyriques de GoetheChapitre 198 sur 224 · Quintilien, X · texte numérisé non relu

Quintilien, X

frustre du bénéfice de la gloire acquise en les soumettant à de nouvelles épreuves et en leur demandant compte de leur renommée. Assurément les poésies de Gœthe ne courent point 1^ risque d'échouer en un pareil examen ; mais il vaudrait mieux que des principes plus sévères ne l'eussent point provoqué et justifié.

Il nous reste à parler de la versification, du style et de la langue du Divan. Avec les images et les conceptions familières à la poésie orientale, Gœthe essaie d'introduire en Allemagne les formes mêmes de cette poésie. Le Ghazel est celle où Hafiz se joue le plus fréquemment. C'est, selon la définition de l'art poétique des Persans, € une poésie composée de plusieurs beits (ou distiques) qui tous ont une même mesure et une même rime* ».

Cette rime unique porte souvent sur le même mot, et cette répétition, que nous rejetons comme monotone, est goûtée et recherchée par les poètes persans. D'autres caractères secondaires, comme la répétition de la rime dans le premier beit, appelé beit royal, comme les limites en deçà et au delà desquelles le ghazel ne peut se ren« fermer ou s'étendre, comme le nom du poète inséré dans le dernier distique, n'avaient pas été démêlés par les philologues que Gœthe était à même do consulter.

I.RUGKERT, Heft Kôhum, Grammatik, Poetik und Rhetorik der Perser (1874).

Toutefois il se rendait un compte exact des exigences du genre et des conditions imposées au poète qui aspire à y exceller. « Ce qu'il y a de caractéristique dans les Ghazels, c'est qu'ils exigent une grande richesse d'idées. Il faut que la rime qui revient sans cesse la même trouve prête une provision de pensées analogues *. »

Cette rime toujours répétée est comme un refrain condensé : elle assure les mêmes avantages, elle rencontre les mêmes difficultés.

Goethe essaie donc de s'assimiler le ghazel, que Hafiz manie avec tant de grâce et de souplesse.

« J'espère de réussir dans ta manière de rimer, le retour des sons doit me plaire aussi. Je trouverai d'abord la pensée, ensuite les expressions ; aucun son ne reviendra deux fois, à moins d'amener un sens particulier, comme lu sais faire, ô poète favorisé entre tous'. »

Il compose deux ou trois ghazels, qu'il prétend soumettre aux règles entrevues, mais il ne réussit à en conduire aucun jusqu'au terme sans écart et sans faux pas. Il rejette alors avec impatience ces entraves de sa libre inspiration ; il ne poursuit pas son expérience comme pour le sonnet, il aime mieux tailler en plein bois.

« Les rythmes cadencés attirent sans doute, le talent aime às'y jouer ; mais qu'ils inspirent bientôt une affreuse répugnance, s'ils n'offrent que des masques vides, sans chair ni pensée! L'esprit même ne voit rien en lui qui le charme, s'il n'a soin de prendre une forme nouvelle et de renoncer à l'ancienne, qui est frappée de mort^. »

Aussi voyons-nous reparaître ses coupes préférées, les

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