Eckermann, Conversations, I, p
nous attirés ni par la beauté de l'ensemble ni parla grâce des détails. L'accent seul de la vérité donne du prix à ces effusions passionnées :
€ ... Tu fus ainsi reçu dans le paradis, comme si tu » étais digne du bonheur éternel. Pour toi, plus de désirs, ^ d'espérances, de vœux à former ; c'était là le terme de ^ tes plus secrètes aspirations, et dans la contemplation » de cette unique beauté, tarirent soudain les larmes du » désir ...
]> Dans le plus pur de notre âme flotte un désir de Ji s'abandonner, par une libre reconnaissance, à un être » plus élevé, plus pur, inconnu, qui nous révèle celui qui » est éternel et sans nom; cela s'appelle être pieux... Ce » ravissement sublime, je sens qu'il est mon partage, » quand je suis devant elle.
» Devant son regard, comme sous l'influence du > soleil ; à son haleine, comme aux souffles du prin- » temps, se fondent les glaces de l'égoïsme, si longtemps » immobiles et rigides dans les profondes cavernes de » l'hiver. Ni l'intérêt ni le caprice ne durent; à sa venue, » ils sont balayés et disparaissent *'. »
Nous savons, par les Entretiens du chancelier de Mul-
...So warst du denn im Paradies empfangen Als wârst du werth des ewig schonen Lebens; Dir blieb kein Wunsch, kein Hoffen, kein Verlangen, Hier war das Ziel des innigsten Bestrebens, Und in dem Anscbaun dièses einzig Schonen Versiegte gleich dcr Quell sehnsuchtiger Thrânen. . . ...In unsers Busens Reine wogt ein Streben, Sich einem Hohern, Reinern, Unbekannten, Aus Dankbarkeit freiwiUig hinzugeben, Entrâthselnd sich den ewig Ungenannten; Wir heissen*s fromm sein ! — Solcher seligen Hôhe Fiihrich mich theilhaft, wenn ich vor dir stehe.
ler, combien la blessure fut profonde et le regret persistant : « Oui, madame de Staël me disait avec raison : Il vous faut de la séduction... Qu'il est douloureux, ajoute Muller, d*être témoin du déchirement intérieur d'un pareil homme, de voir comme l'équilibre perdu de son âme ne peut se rétablir par aucune science, par aucun art, sans les lutles les plus violentes, et comme les expériences les plus riches, la connaissance la plus claire des conditions sociales n'ont pu l'en préserver*, i^
Ce fut le piano de madame Szymanowska qui rendit à Goethe le calme désiré. Il la remercia en lui adressant les vers de la Réconciliation.
Après l'Élégie, nous n'avons plus rien à relever dans les poésies purement lyriques. Goethe en composa encore quelques-unes, notamment en 1828, pendant le séjour qu'il fit à Dornburg, pour se consoler de la mort du grand- duc de Weimar. Mais l'imagination, et surtout le rythme musical, la langue poétique, souple et ailée qu'il avait maniée avec une aisance admirable durant tant d'années, lui faisait de plus en plus défaut. En lisant ces vers de l'extrême vieillesse de Goethe, on se répète avec mélancolie la parole de Bacon :
€ L'imagination des jeunes gens est plus vive que celle des \1eillards, et les fantaisies jaillissent dans leur es-
Vor ihrem Blick, wie vor der Sonne Walten, Vor ihrem Àthem, wie vor Frùhlingsluften, Zerschmilzt, so lângst sich eisig starr gehalten, Der Selbstsinn tief in wintcrlichen Gruften ; Kein Eigennutz, kein Eigenwille dauert, Vor ihrem Kommen sind sie weggeschauert.
Ggethe, II, p. 94.