‹ Étude sur les poésies lyriques de GoetheChapitre 218 sur 224 · Voir p · texte numérisé non relu

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égard, malgré cet amour plus inquiet et plus passionné que l'homme moderne porte à la nature, en raison même des progrès de la civilisation qui l'en éloigne, Goethe suit la tradition des poètes anciens. Ni les lyriques grecs ni Horace ne consacrent aux beautés de la nature, aux saisons, à la mer, aux montagnes, des poésies qui ne célèbrent qu'elles ; ce sont, au passage, quelques traits vifs, quelques tons suaves et frais, mais aucune description abondante, complaisante, aucune lutte avec le peintre.

On peut pourtant signaler dans l'œuvre de Goethe quelques poésies où la nature seule et les impressions que l'homme en reçoit sont décrites avec une surprenante vérité ; mais dans ces pièces c'est encore indirectement qu'elle est célébrée. Pour donner une forme pins nette à un sentiment dont l'expression directe risquerait d'être vague et confuse, Goethe adopte les figures de la mytholologie ou des légendes populaires ; il représente en Ganymède l'inquiète ardeur qui nous porte au printemps à nous perdre au sein de la nature * ; il personnifie l'attirant éclat des ondes dans la nixe du Pécheur^.

L'art lui a fourni, presqu'en une seule saison, toute une moisson de poésies ' où la forme humoristique, énergiquement populaire, ne nuit pas à l'élévation des sentiments et àTenthousiasme le plus sincère et le plus éclairé. Il ne serait pas difficile de tirer de ces chansons, des épigrammes, de quelques-uns* de ses prologues ou dédicaces, tout un art poétique, plus libre que ceux de Pope et de Boileau, parent de celui de Chénier, et qui, sans

i . Voir p. 90.

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