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poser avec Musset pour première règle « qu'il faut déraisonner* », assignerait à l'imagination le premier rang parmi les facultés poétiques et exigerait d'abord la sincérité de l'inspiration.
C'est par respect pour cette règle principale de son art poétique que Goethe a négligé de célébrer la patrie. L'Allemagne lui en a beaucoup voulu. On connaît la noble apologie qu'il a faite de sa conduite » : « Écrire des chants de guerre et rester dans ma chambre ! comme c'était là ma manière ! Écrire au bivouac, où la nuit l'on entend hennir les chevaux des avant-postes ennemis, à la bonne heure! j'aurais aimé cela! Mais ce n'était pas là mon rôle, c'était celui de Théodore Kœrner. »
Mais tous ces grands intérêts de l'homme, la patrie, l'art, la nature, ne sont pas l'objet principal des chants de la poésie. A côté des hymnes inspirés par le sentiment religieux, par l'adoration du Dieu chrétien ou le culte des divinités païennes, le plus grand nombre des poésies lyriques traduit les sentiments que nous éprouvons pour nos semblables, mouvements de haine ou d'amour, d'amitié ou d'aversion, de colère ou de piété.
La haine n'a pas été la muse de Goethe : il n'a jamais manié le fouet vengeur d*Archiloque. Mais l'indignation, la colère, l'antipathie, la mauvaise humeur lui ont dicté de nombreuses épigrammes : nous avons vu que c'était la partie la moins remarquable de son œuvre, et qu'on ne le peut comparer ni à Martial ni à Voltaire.
^ L'amitié à laquelle il avait consacré les premières odes de son adolescences ne lui a guère inspiré, dans le