VoUkommenheit
2. Wie? nie dich wiederschn? Entsetzlicher Gedanke! Strôm aile deine Quai auf mich !
Ich fuhl, ich fUhl ihn ganz-es ist^zu viel-ich wanke- Ich sterbe, Grausame-fur dich!
Z,Der junge Gœthe, 1, page 268.
A. Der junge GœthCt I, p. 263, 266. Voir aussi, pour d'autres poésies dont Tauthenticité est douteuse, Th. Bergh, Huit Lieder de (rCF^^tf (Wetzlar 1857) ; Gcethe, Poésies (édition Ucmpel)^ III, p. 40U
sans éveiller l'imagination; elles ne s'élèvent pas audessus de la réalité.
11 est temps d'en venir aux poésies auxquelles Gœthe a donné nne place d'honneur, en les accueillant dans le groupe de lieder qui se trouve à la tête de son œuvre poétique. Mais ici commence le doute. Si l'on excepte deux ou trois pièces, nous sommes réduits aux hypothèses. La plupart des critiques se tirent d'affaire à peu de frais. Comme Frédérique, entre toutes les amies de Gœthe, est 1* figure la plus gracieuse, comme elle a été l'objet du premier amour sérieux et profond du poète, et que le récit admirable des Mémoires lui a donné une existence idéale, ces critiques choisissent les poésies où l'expression du sentiment est la plus tendre et la plus ingénue pour en tresser une couronne en l'honneur de la jeune fille de Sesenheim. Il leur suffit que ces lieder soient vacants, qu'aucune autre ne puisse les revendiquer, preuves en main, pour les attribuer sans preuve à leur héroïne préférée. C'est la sympathie qui guide leur choix : que la sympathie change d'objet, les lieder changeront avec elle.
D'autres, au contraire, phis attentifs à l'enveloppe poétique, à l'expression, refusent ces mêmes poésies à Frédérique, à cause de leur forme achevée ; ils n'admettent pas qu'à la même époque Gœthe ait écrit des pièces aussi imparfaites que celles que nous venons d'analyser, et composé des lieder aussi beaux, aussi parfaits que le Chant de mai et A Vabsente. Il y a loin, en effet, de ceux-ci à ceux-là ; mais on oublie qu'ici nous n'avions affaire qu'à des ébauches égarées ou négligées, tandis que Gœthe a pu polir les autres ; on oublie surtout les deux ou trois lieder dont on ne peut mettre en doute l'origine et qui ont le tour aisé, l'insi-
niiante mélodie des poésies qu'on juge trop achevées pour leur assigner cette date. Gœthe, d'ailleurs, n'a-lil pas composera peine un an plus tard, ce dialogue du Voyageur qui témoigne d'une sûreté d'exécution, d'une maturité de pensée et de style bien autrement étonnantes ?
Mais si nous rejetons les sévérités d'un goût arbitraire ainsi que les indulgences d'une sympathie partiale, quelle méthode suivrons-nous qui ne prêle pas le flanc à la critique? Les lettres, fort peu nombreuses d'ailleurs, se taisent; point de témoignage contemporain <, point de document authentique, point délivre des chants de Sesenheim *. Nous n'avons d'autre guide que les Mémoires. Il semble d'abord qu'ils ne nous révèlent rien. Tandis que, dans l'épisode de Lili, le poète intercale les principaux chants qu'elle lui a inspirés, il n'en cite aucun dans celui de Frédérique. Le lecteur le plus distrait est frappé de ce changement de procédé, et c'est cette différence même qui va nous indiquer la voie que nous devons suivre.
En effet, écrivant à soixante et à quatre-vingts ans Thistoire de ses amours, ayant brûlé toutes les lettres qui lui avaient été adressées, Gœthe ne pouvait trouver de plus fidèles témoins de sa jeunesse que les poésies qu'elle avait inspirées. Mais dans sa dernière année ^,
1. Sauf pour WiUkommen und Abschied et Mit einem gemalten Band (Goethe, I, pages 55 et 60) qui se trouvent dans le cahier de Frédérique.
2. Celui qu'a publié Freiraund Pfeiffer (Gœthe's Friederike) a été imaginé par lui.
3. Sans doute, quelques parties de ce quatrième livre des Mémoires sont antérieures de plusieurs années; mais la rédaction définitive est de 1831. (Voir Dichtung und Wahrheitf éd. Hempel, introduction, p. 18.)
la source de son activité créatrice était presque tarie. Il renonce à fondre dans la trame de son récit les moments poétiques condensés dans ses vers; il renonce à faire encore une fois œuvre d*artiste; son haleine faiblit, il est obligé de s*arréter à chaque pas : aussi est-il heureux de rencontrer dans sa marche lente, saccadée, souvent retardée par la réflexion, les haltes poétiques et brillantes de sa jeunesse.
Il n'en était pas ainsi vingt ans auparavant. A ce moment, les fraîches peintures de son premier bonheur éveillaient encore en sa fantaisie des formes, des cou* leurs, des images qu'il était impatient de combiner de nouveau et de rassembler en une œuvre d'art d'un caractère tout difl'érent. Toutes ces sources limpides vinrent se perdre dans le fleuve de son ample narration ; mais il suffit, pour les retrouver, de suivre attentivement le récit des Mémoires et de noter les analogies qu'il présente avec les poésies.
C'est ainsi que le lied : Bienvenue et ^({tet^ a laissé une trace sensible dans le passage suivant des Mémoires : € Malheureusement les préparatifs traînèrent en longueur, et je ne partis pas aussitôt que je l'avais espéré. J'eus beau presser mon cheval, la nuit me surprit. Je ne pouvais me tromper de route, et la lune éclairait ma fougueuse entreprise. La nuit était orageuse et lugubre; je poussai mon cheval au galop, afin de n'être pas obligé d'attendre au lendemain matin pour voir Frédérique. y> Et plus loin : « La grâce de son maintien semblait rivaliser avec la terre fleurie, l'inaltérable sérénité de son visage avec le ciel azuré. Ce délicieux éther qui l'entourait , elle le portait avec elle au logis... ^ »