Goethe, XXII, page
N'est- ce pas la traduction en prose des vers suivants?
€ Le cœur me battait : vite, à cheval ! Sitôt pensé, 1» sitôt fait. Déjà le soir berçait la terre, et la nuit était » suspendue aux flancs des montagnes... D'une colline » de nuages, la lune jetait de tristes regards à travers la ^ brume. Les vents balançaient leurs ailes tout bas et fré- » missaient lugubrement à mes oreilles; la nuit enfantait
> mille monstres, mais mon courage était vif et joyeux. » Dans mes veines, quelle ardeur ! Dans mon cœur, » quelle flamme!
» Je te vis, et la joie sereine s'épancha sur moi de ton » doux regard ; mon cœur était avec toi tout entier, et
> je ne respirais que pour toi. Un air de printemps couy> leur de rose entourait l'aimable visage, et sa tendresse » pour moi... ô dieux! je ne l'espérais, je ne la méri-
> tais pas ! ^...
Le récit rapide est entraîné dans le mouvement lyrique : les images de la ca^mpagne noyée dans les ténèbres ne sont pas des détails d'ornement et de description, mais des ombres expressives qui *font ressortir la vive ardeur de son amour et l'accueil souriant de Frédérique.
1. Es schlug mein Herz : geschwind zu Pferdc! Eswar gethan fast eh' gedacht; Der Abcnd wiegte schon die Erde, Und an den Bergen hing die Nacht. . .
DerMond von einem Wolkenhùgei Sah klâglich aus dem Duft hervor ; Die Winde schwangen leise Flugel, Umsausten schaueiiich mein Ohr; Die Nacht schuf tausend Ungeheiicr, Doch frisch und frôhlich war mein Muth ; In meinen Adern welches Fcuer!
In meinem Herzen welche Gluth !
Deux autres poésies nous révèlent le caractère sérieux de cet amour qui se croyait éternel et se perdait en rêves d'avenir. Ce sont le Ruban de roses et À celle que j'ai choisie. Elles se rattachent directement à ces passages des Mémoires : « Éloigné d'elle, je m'occupais pour elle, afin de rafraîchir mon souvenir par un nouveau présent, par une nouvelle idée. Les rubans peints étaient alors une mode toute récente; je lui en peignis aussitôt quelques-uns et je les lui envoyai avec une petite poésie, ayant dû cette fois rester à la ville plus longtemps que je ne l'avais supposée > — « L'absence me délivrait de toute contrainte, et mon amour ne s'épanouissait librement que dans ces entretiens à distance. Je pouvais, dans ces moments, m'aveugler tout à fait sur l'avenir ; j'étais assez distrait par le cours du temps et par des affaires pressantes*. »
Dans la première de ces poésies, nous admirons déjà l'art du poète à dégager des circonstances les plus banales, des habitudes de la vie les plus simples, un motif poétique et un sens moral. La poésie de Gœthe ne méprise ni les rubans, ni les chaînes, ni les médaillons, tous ces menus cadeaux des amoureux; mais elle évite à la fois de se perdre en de puérils détails, ou de s'élever, sans
Dich sah ich, und die milde Freude Floss von dem sûssen Blick auf mich ; Ganz war mein Herz an deiner Seite Und jftder Athemzug fur dich.
Ein rosenfarbnes Friihiingswetter Umgab das licbliche Gesicht, Und Zârtlichkcit fur mich — Ihr Gotter!
Ich hoflft'es, ich verdient' es nicht !
Goethe, I, pago 5r>,