‹ Étude sur les poésies lyriques de GoetheChapitre 31 sur 224 · Correspondance de Goethe et de Zelter, VI, p · texte numérisé non relu

Correspondance de Goethe et de Zelter, VI, p

Voilà ce qu'écrit Caroline Flachsiand en mai 1772, et la première entrevue de Goethe et de Charlotte n'a lieu qu'un mois plus tard ! Comment expliquer cette erreur? Admettrons-nous que Gœlhe ait voulu tromper Kestner et Charlotte? Mais la naïveté même de son épanchement, la complaisance avec laquelle il évoque et retrace ses souvenirs, son insistance, sa candeur, tout proteste contre une semblable hypothèse. A-t-il, comme Viehoff le suppose*, remanié à Wetzlar son poème et intercalé des traits à l'adresse de Charlotte ? Les détails de la dernière lettre de Caroline Flachsiand, et surtout l'unité même de l'idylle, n'autorisent guère une conjecture qui ne sert sans doute qu'à couvrir la retraite de ce critique. C'est ailleurs qu'il faut chercher le mot de l'énigme. On se rappelle qu'en arrivant à Sesenheim, Gœthe avait l'esprit rempli des souvenirs du roman de Goldsmith, le Vicaire de Wakefield, qu'il fut frappé des nombreuses ressemblances qu'offrait la fiction avec la réalité , et qu'à l'entrée du plus jeune frère de Frédérique, il fut sur le point de s'écrier « Moïse, et toi aussi^ !» 11 y eut dès lors action réciproque entre le roman et la vie : les membres de la famille Primrose empruntaient les traits des Brion et gagnaient en netteté et en précision ; les images des habitants de Sesenheim s'offrait à Goethe entourées du nimbe poétique dont Goldsmith avait su revêtir ses figures. Il ne se rendait pas compte, dans sa joie présente, de cet échange continu, de celte insensible transformation; mais, plus tard, il les constata et les analysa dans ses Mémoires. Sans doute, à

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