‹ Étude sur les poésies lyriques de GoetheChapitre 33 sur 224 · Goethe, XXI, p · texte numérisé non relu

Goethe, XXI, p

2. Herder dit que dans les meilleurs passages, il croit entendre parler Gœthe lui-môme. (Lettres, III, p. 269.)

fluence exercée sur lui par le Laocoon de Lessing que l'étude attentive de notre idylle suffirait à la mettre hors de doute. En effet, toutes les règles ingénieuses et profondes de Lessing sur .la mise en action de la description, sur la sobriété des détails pittoresques, sur la succession des images en poésie, nous les trouvons observées ici, non par un scrupule de. disciple et par une minutieuse application, mais avec la libre aisance d'un^poète et la puissance créatrice du génie.

Dès le début, quelques mots de dialogue tiennent lieu d'une ample exposition.

« Le voyageur. Que Dieu le bénisse, jeune femme, toi et l'enfant qui suce ta mamelle ! Laisse-moi ici, à ce mur de rochers, à l'ombre de cet orme, jeter bas mon fardeau, me reposer près de toi,

y> La femme. Quel métier t'amène, pendant la chaleur du jour, dans ce sentier poudreux? Vas-tu dans la campagne, portant de lieux en lieux des marchandises de la ville*?... »

Le voyageur sourit, et, au lieu de faire à la jeune femme une réponse qu'elle ne comprendrait pas, il la prie de lui indiquer une source où il puisse se désal-

1» Gott segne dich, junge Frau,

Und den sâugendcn Knaben An deiner Brusti

Lass mich an der Fclsenwand hier, In des Ulmbaums Schatten, Meine Btirde werfcn, Neben dir ausruhn.

— Welch Gewerb treibt dich Durch des Tages Hitze Den staubigen Pfad her?

Bringst du Waaren aus der Sladt lin Land herum?

5g? POÉSIES LYRIQUES DE GOETHE.

térer. Elle le conduit à travers les rochers, et il voit successivement surgir les ruines d'un temple antique, une architrave recouverte de mousse, une inscription effacée, des colonnes isolées c qui regardent avec une douleur majestueuse leurs sœurs brisées à leurs pieds ». Il s'irrite contre la nature qui détruit ainsi « le chefd'œuvre de son chef-d'œuvre * » ; il oublie la femme à ses côtés, il n'écoute pas ses remarques, ses offres obligeantes. Chacun suit pour soi le cours de ses pensées, le voyageur perdu dans sa contemplation et dans ses regrets, la jeune femme toute au désir de satisfaire la soif du voyageur, son premier vœu, le seul qu'elle comprenne, parce qu'il est naturel et commun à tous les hommes. Qu'est-ce qui va rapprocher leurs pensées, les concentrer sur un même point, réconcilier l'homme civilisé, l'artiste indigné de la mutilation de «es idoles, désireux de reconstruire le passé dans son imagination, avec le présent, avec la nature, avec la vie? La transition est aussi simple que délicate, aussi ingénieuse que touchante.

« Prends l'enfant, dit la mère au voyageur, pour que j'aille puiser de l'eau. » Ainsi, le jeune homme, obligé de s'asseoir, de prendre l'enfant entre ses bras, reporte ses regards et ses pensées des ruines où ils erraient sur Taimable fardeau qui lui est confié.

Le charme est rompu : l'intérêt du passé cède au présent, à la vie qui s'offre de tous côtés à ses regards dans la floraison des arbres, dans la cabane qui se dégage des ruines, dans la joyeuse vivacité de l'enfant, dans le candide entretien et dans l'accueil hospitalier de la

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