GCETBE, XXVII, p
dans les airs. Pour nous (nous ne pouvons nous le cacher), c*estun sentiment artificiel dont nous sommes redevables au plaisir et à l'admiralion que nous éprouvons en «face des anciens; c'est ce sentiment qui nous porte vers la lyre : aussi nos meilleures chansons, si on en excepte un petit nombre, ne sont qu'imitations et copies. » Pour que la poésie redevienne originale et spontanée, il faut que le poète • commence par éprouver des sentiments dignes d'être chantés; il faut qu'il aime, il faut qu'il se jette dans le tourbillon de la vie. Gœthe appelle de tous ses vœux ce génie libérateur de la poésie allemande dont il sent en lui-même les puissants battements d'ailes; il lui adresse cçtte invocation étrange , vraiment lyrique , où la critique se hausse au ton de la prophétie *■ :
« génie de notre patrie, fais bientôt fleurir un jeune homme qui, rempli de force juvénile et de gaîté, soit d'abord pour son cercle le meilleur compagnon, qui indique le jeu le plus amusant, qui chante la plus joyeuse chanson, qui anime le chœur dans les rondes; que la meilleure danseuse lui tende joyeusement la main pour danser d'abord le pas le plus nouveau et le plus varié; que la plus belle, la plus spirituelle, la plus vive tentent de l'enlacer en étalant tous leurs charmes ; que son cœur sensible se laisse surprendre, mais qu'il s'arrache de ces liens avec fierté au moment où, se réveillant de son rêve poétique, il trouve que sa déesse n'est que belle, que spirituelle, que vive; que sa vanité, offensée par l'indifférence d'une femme retenue, s'impose à elle; qu'il la gagne par des soupirs, des larmes, des marques de sympathie hypocrites et mensongères, par mille attentions le jour,