‹ Étude sur les poésies lyriques de GoetheChapitre 39 sur 224 · Lettres à Merck, p · texte numérisé non relu

Lettres à Merck, p

m POÉSIES LYRIQUES DE GOETHE.

attribuées par la critique ont passé, en vertu de nouveaux documents, à d'autres amies, comme nous l'avons vu pour le Voyageur y pour Elysée et le Chant matinal du Pèlerin. Si, parmi les poésies que nous avons appelées vacantes, il en est quelques-unes qui appartiennent à Charlotte, elles n'pnt pas livré leur secret, et nous ne sommes pas en droit de les revendiquer pour l'héroïne de Werther de préférence à toute autre. Ce silence nous surprend d'abord, mais notre étonnement diminue lorsque nous songeons à tout ce que Werther contient d'effusions lyriques et, pour ainsi dire, de poésies sans rime ni cadence. Charlotte a été moins chantée par les lieder de Goethe, mais plus directement que toute autre, elle a été portée, malgré elle assurément, de la réalité dans la fiction.

La forme la plus caractéristique que prit la poésie de Goethe durant cette période, ce n'esl pas le lied, mais l'ode ou le dithyrambe, se déroulant dans des vers sans rime, sans mesure fixe, sans division égale de stances ou de strophes. Cette liberté absolue d'allure et de mouvement convient aux épanchements d'une âme dont l'âge et l'expérience n'ont pas encore apaisé la fougue. Aussi la rencontrons-nous dans les poésies de cette époque que Gœthe a le plus marquées du sceau de sa personnalité.

D'ailleurs, ces odes d'un mouvement si libre ne sont pas livrées aux hasards d'une inspiration désordonnée. Les jets les plus hardis de l'imagination inquiète de Gœthe sont contenus, dès qu'il lait œuvre de poète, par un sentiment instinctif de la mesure et de la beauté. Ce goût inné avait été développé par l'étude des anciens, à laquelle il s'était adonné avec passion. Dès son enfance, il s'était abreuvé aux sources de l'antiquité latine. A

Leipzig, il avait deviné ses vrais maîtres, lorsqu'il échangea des corbeilles pleines d'écrivains allemands contre un petit nombre d'auteurs grecs*. A Strasbourg, Hercicr l'initia au culte d'Homère, auquel il resta fidèle toute sa vie. A Francfort, à Welzlar, son enthousiasme redouble ; à côté d'Homëre, c'est surtout Pindare dont il admire le génie*.

Une lettre instructive et curieuse qu'il adressa à Herder met en pleine lumière cette influence de Pindare sur son esprit. Comme elle nous peint en ifiême temps, dans le désordre fougueux des idées qui s'y succèdent, les velléités, les aspirations, les ambitions du poète de Gœtz et de Werther, nous en traduisons ici toute la première parlie :

« Encore sur la vague avec ma petite barque, et quand les étoiles se cachent, je flotte çà et là au gré du destin, et courage, espoir, crainte et repos alternent dans ma poitrine. Depuis que je sens la force des mots oTr,Qo; et Tcpantitç^, un nouveau monde s'est ouvert à moi dans mon propre sein. Pauvre homme, en qui la tête tient lieu de tout! J'habite en ce moment en Pindare, et si la magnificence du palais rendait heureux, je devrais l'être. Quand il lance l'un après l'autre les traits vers le but placé dans les nuages^, je reste à la vérité immobile, bouche béante, mais je sens pourtant ce qu'Horace a pu exprimer % ce que Quintilien célèbre^, et tout ce qu'il y a

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