I. Voni Vator hab' ich die Stalur
Des Lebens ernstcs Fiihren, Von Multerchen die Frohnutur Und Lusl zu fabuliren.
Goethe, Œuvres, III, page 146, édition Gotta, en 40 vol.
des libres fantaisies où se jouait son imagination; elle sut les mettre en œuvre et les enchâsser.
On sait que Goethe ne fréquenta pas d'école publique. Tandis qu'une instruction commune adoucit les angles du caractère et émousse les saillies souvent capricieuses de l'esprit par l'uniformité de la discipline, l'éducation privée, qui se plie aux instincts et aux aptitudes propre de l'enfant, sollicite davantage le génie lyrique. Celui-ci, en effet, ne se développe pas sans une habitude précoce d'observation intérieure, sans une attention en éveil sur nos joies et sur nos souffrances, sur les mouvements divers de notre âme. Or, ces retours sur nous-mêmes, lents ou rapides, passionnés ou rêveurs, selon les caractères, sont bien plus familiers aux adolescents élevés dans la maison paternelle qu'aux écoliers d'un gymnase ou d'un lycée.
Le père de Goethe fut son principal précepteur. Malgré son esprit méthodique, il ne put obtenir ou ne voulut pas exiger de son fils une application suivie et ininterrompue aux objets de son enseignement. Le jeune Wolfgang passait rapidement de l'étude du latin à celle de l'italien, du grec à l'anglais, du français à l'hébreu, du dessin au piano : il travaillait comme un dilettante, ou plutôt comme un artiste, avide aujourd'hui d'acquérir des connaissances qu'il négligera demain, fournissant en quelques jours une carrière plus grande dans le sens de sa passion que durant des années entières, lorsque l'enthousiasme aura fait place à l'indifférence, tout de feu ou tout de glace, incapable de se contraindre et de s'imposer une tâche contraire à son penchant, mais admirable par l'aisance et la fécondité de son esprit, quand une flamme intérieure l'échauffé et
réclaire. On comprend combien une semblable disposition est favorable au génie lyrique et pernicieuse en même temps au chantre épique et au poète dramatique.
Chez ces derniers, en effet, Tactivité poétique est nécessairement intermittente; leurs ouvrages exigent trop de temps pour que l'inspiration première suffise à les achever. Un poêle épique ou dramatique qui ne se soumet pas à cette nécessité, abandonne, sans les terminer, une grande partie de ses œuvres. C'est ce qui est arrivé à Goethe. GœtZy Werther , Clavigo, Hermann et Dorothée furent fondus d'un seul jet; l'impulsion première eut assez de force pour porter le poète jusqu'au but qu'il s'était proposé d'atteindre ; mais Faust ^Wilhelm Meister, Egmonty furent abandonnés et repris, et Gœthe paya ce retard par de nombreuses disparates; mais Prométhée, Mahomet, Jules César, le Juif-Errant, les Mystères, Nausicaa, Elpénor ne furent jamais achevés; fragments précieux ou ébauches informes, ils ont en vain attendu l'heure propice de l'inspiration renaissante.
Une poésie lyrique, au contraire, un lied, une élégie, une ballade, ne demandent aucune continuité dans le travail. Le souffle d'un moment suffît à les faire éclore.
Les premiers essais de versification du jeune Wolfgang remontent à ses plus tendres années. Il nous raconte, dans ses Mémoires, les réunions du dimanche, où chaque enfant devait produire des vers de sa composition, la vanité naïve et les illusions des jeunes auteurs, qui tous se décernaient la palme, ses propres doutes et ses inquiétudes en présence de cette universelle folie, son découragement passager, le retour enfin de sa con-
fiance après un concours d'où il sortit victorieux*. A l'âge de treize ans environ, après la composition d'une épopée biblique en prose sur l'histoire de Joseph, il songea à réunir ses premières œuvres en un volume in-4% intitulé Poésies diverses : « Cela me plaisait fort,
^ écrivait-il plus tai*d^, parce que je trouvais ainsi l'occasion d'imiter sans bruit des auteurs connus et célèbres. J'avais composé un bon nombre de poésies dites anacréontiques,qm coulaienl-aisémentdema plume, à cause de la facilité du mètre et de la légèreté du fond ; mais je n'osai pas les admettre dans mon recueil, parce qu'elles
• n'étaient pas rimées, et qu'avant tout je désirais faire quelque chose d'agréable à mon père. En revanche, les odes sacrées me semblèrent ici parfaitement à leur place. Je m'étais essayé dans ce genre avec beaucoup d'ardeur, à l'imitation du Jugement dernier d'Elie SchlegelMJne ode, dans laquelle je célébrais la descente de Jésus-Christ aux enfers, fut très approuvée de mes parents et de mes amis, et elle eut le bonheur de me plaire à moi-même quelques années encore. »
De tout ce recueil et de ceux du même genre qu'il composa à la suite, il ne nous reste qu'une seule pièce, cette ode dont il vient de parler sur la Descente de Jésus-Christ