‹ Étude sur les poésies lyriques de GoetheChapitre 5 sur 224 · Goethe, XX, page · texte numérisé non relu

Goethe, XX, page

3. Goethe se trompe ici de prénom : c'est Adolphe^ et non Elic Schlcgel, qui a composé des poésies religieuses. Mais comme il ne s'en trouve point sur le jugement dernier, peut être est-ce une poésie de Cramer que Gœthe a imitée. Voir Lokper [Mémoires de GcethCf édition Hempel, I, page, 334) et Duntzer {Gœthe's lyrische Gediclitey III, page, 4-ii), deux des plus zélés et des plus passionnés investigateurs de tout ce qui a rapport à la vie et à l'œuvre de Gœthe.

aux enfers ^ Elle parut pour h première fois en 1766, dans un journal hebdomadaire de Francfort, Les Visibles; elle y porte la date de 1765. Ce chiffre est-il inexact? Se rapporle-t-il à jin remaniement de l'ode en vue de la publication? ou bien Goethe s'est-il trompé dans ses Mémoires f en attribuant à son premier volume de vers une poésie postérieure de deux ou de trois années? La souplesse de la langue, l'harmonie des rimes, nous font pencher vers cette dernière hypothèse. Quoi qu'il en soit, c'est incontestablement la première poésie que nous possédions de Gœlhe. On y chercherait en vain des traces de son originalité future. Rien de personnel, ni dans le fond, ni dans la forme. C'est une imitation des poésies religieuses de l'époque. L'adolescent se meut dans un cercle d'idées dont il s'éloignera chaque jour davantage. Quel écart entre Prométhée, les Elégies romaines, h Fiancée de Corinthe et les vers suivants :

« L'Homme-Dieu ferme les portes de l'enfer ; il s'élance hors des lieux sombres et retourne dans sa magnificence. Il est assis à côté du Père ; il veut toujours combattre pour nous, il le veut! mes amis, quel bonheur! les chœurs solennels des anges chantent devant le Grand Dieu des hymnes d'allégresse, qui vont se répandre dans toute la création : Grand est le Seigneur, le dieu Zébaoth!^»

1. Nous ne parlons pas de quelques vers improvisés qu'il a écrits dans ralbum de Max Moors, et qu'on a publiés d'abord dans b; Journal mensuel de Berlin (9 octobre 18iB5).

2. Der Gott-Mensch schliesst der Hollcn Pforten, Er schwingt sich aus den dunklen Orlcn

In seine Herrlichkeit zuriick.

Er sitzet an des Vaters Seiten,

Er will noch iminer fiir uns streilen,

Er will's! Freunde, welchee Gluck!

Le développement a uae ampleur que n'égale presqu'aucune autre <iîuvre lyrique de Gœthe : seize strophes aussi longues que celle que nous venons de citer s'alignent à la file Tune de l'autre, sans que l'abondance des idées marche de pair avec l'abondance des paroles. C'est une véritable amplification poétique, le genre le plus étranger à Gœthe dans toute la suite de sa carrière. Il avoue lui-même à Eckermann qu'à ce moment de sa vie les sujets lui faisaient défaut, et qu'il était heureux de trouver quelque chose à chantera Aussi se montrait-il reconnaissant à l'égard des personnes qui lui fournissaient une matière poétique. De même que cette ode fut écrite € pour satisfaire au désir d'autrui^», il composa sur commande des épîtres amoureuses, un épithalame, un chant funèbre, et des enfants de la classe inférieure avec qui il s'était lié, recueillaient pour ces pièces un salaire qu'ils dépensaient en commun.

C'est dans cette société que Wolfgang fit la connaissance de la jeune fille qui fut l'objet de son premier amour, cette Marguerite, dont il consacra le nom dans son chefd'œuvre poétique. Il ne parle, dans ses Mémoires, d'aucune poésie inspirée par elle : est-ce par oubli, ces poésies n'ayant laissé aucune trace? ou bien fut-il retenu de la chanter par une sorte de pudeur qui empêche les très jeunes gens de faire l'aveu de leurs premières émotions et qxii les détourne vers d'autres sujets? peut-être

Der Engel feierliche Chôre, Die jauchzen vor dem grosscn Gott, Dass es die gnnze Scliôpfung liôre :

Gross ist der Herr, GoU Zebaoth!

Goethe, II, page 137.

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