‹ Étude sur les poésies lyriques de GoetheChapitre 51 sur 224 · Goethe, XXH, p · texte numérisé non relu

Goethe, XXH, p

Telle était l'idée qu'il voulait exposer dans le drame et dans la personne de Mahomet. «Plusieurs chants qui devaient être insérés dans la pièce furent d'abord composés», et le reste, c'est-à-dire la partie dramatique, le dialogue, fut négligé et abandonné ^ . De ces chants, deux seulement nous sont conservés. Le premier est un hymne que Mahomet devait chanter au début du drame, et que Gœthe lui-même croyait perdu. Il a été publié pour la première fois par Schœll, dans le livre riche en morceaux inédits intitulé : Lettres et compositions de Gœthe. Cet hymne est écrit en strophes antiques; nous croyons que c'est l'unique morceau de ce genre dans toute l'œuvre du poète, et la gaucherie avec laquelle il se déroule ne nous inspire aucun regret sur l'abandon de ce mètre.

Le second chant est cette brillante ode allégorique appelée improprement Chant de Mahomet. Ali et Fatime devaient célébrer le prophète dans cet hymne dont ils se partageaient les vers 2. La destinée de Mahomet y est comparée, dans une ample et libre allégorie, à la course d'un fleuve qui entraîne vers l'Océan toutes les eaux qu'il rencontre sur son passage. Quelle que soit la richesse, l'heu' reuse abondance des images dans cet hymne de triomphe, peut-être nous touche-t-ilmoinsqueles autres odes, parce que, contrairement à celles-ci, il ne chante pas la propre destinée de Gœthe et ses propres sentiments.

La conception de Prométhée occupa davantage le poète de Faust. Nous n'avons pas à nous étonner de cette pré-

1 . Sauf une seule scène entre Mahomet et Ualima, sa mère adoplive.

t. ScuoËLL, Ouvr. cité, ou Bernays, Der junge Gœlhe^ III, p. 30.

fcrence. Daas Mahomet, c'était ua autre que lai-mêtne, Lavater ou Basedow, qu'il voulait dépeindre; dans Prométhée, il avait trouvé ua représentant fidèle de son caractère, a Eu réfléchissant sur la fécondité de mon talent poétique, et en reconnaissant qu'il m'appartenait en propre, qu'aucune circonstance extérieure ne pouvait ni le favoriser, ni le contrarier, j'aimais à me le représenter comme la base de toute mon existence. Celte idée se transforma en image ; je fus frappé de l'antique figure mythologique de Prométhée, qui, séparé dès dieux, peuplait un monde du fond de son atelier * . »

Malgré l'intérêt personnel que lui inspirait cette fois son héros, le drame ne s'étendit pas au delà de deux actes; il resta inachevé comme tant d'autres. Mais la conception première fut exprimée avec netteté et vigueur dans la poésie célèbre de Prométhée. Le drame aboutissait derechef à l'ode ; la poésie lyrique consacrait l'idée que la poésie dramatique n'avait fait qu'ébaucher.

L'avortement successif de toutes ces tentatives scéniques et leur transformation partielle en poésies d'un autre ordre jettent la plus vive lunxière sur le fond lyrique du talent de Gœthe et sur l'essence propre de son génie.

L'ode de Prométhée est un de ces chants royaux qui suffiraient à établir la gloire et à immortaliser le nom d'un poète. Le bruit qui s'est fait autour d'elle et l'important débat qu'elle a suscité, l'ont, pour ainsi dire, arrachée au domaine de la critique littéraire pour la livrer aux discussions des philosophes. On sait qu'elle fut l'occasion d'une profession de foi spinosiste de la part de Lessing :

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