‹ Étude sur les poésies lyriques de GoetheChapitre 58 sur 224 · Der ewig beweglichen · texte numérisé non relu

Der ewig beweglichen

Immer neuen, Seltsamen Tochter Jovis, Seinem Schoosskinde, Der Phantasie.

GflETHE» II, p. 46.

S ordonnent dans les dernières et se disséminent au point de laisser à nu par endroits les idées et de les abandonner au langage de la prose. Ce fut pour Goethe un avertissement. Cette forme poétique, si appropriée à la fougue de sa jeunesse, ne convenait plus à sa maturité. Il quitta Tode pour la stance, et la stance pour Télégie, porté par son instinct plus que par la réflexion vers le rythme qui répondait aux mouvements changeants de son âme.

Avant de quitter l'ode, nous voudrions dire encore quelques mots de sa forme métrique, ou plutôt, de l'absence de mètre qui nous paraît si étrange en poésie. En effet, si nous cherchons la loi qui régit cette versification, nous n'en trouvons aucune : point de rime, point de nombre de syllabes déterminé, comme dans la poésie française; nulle succession de longues et de brèves, comme dans l'ode d'Alcée ou d'Horace; ni assonance, ni allitération, comme dans les poésies primitives de la plupart des nations modernes. Cette ode se rapprocherait davantage de celle de Pindare ainsi que des chœurs d'Eschyle et de Sophocle, si ces derniers n'étaient point liés par le retour régulier (Ici mêmes vers dans l'antistrophe, et parfois dans l'épode. Ce retour, il est vrai, n'est pas sensible à nos oreilles modernes, non averties et guidées par la musique. Aussi pouvons-nous comparer, jusqu'à un certain point, le mouvement rythmique de ces chœurs à celui de l'ode libre de Klopstock et de Gœthe.

Ce rythme n'est pas abandonné au hasard : s'il n'a pas de code écrit ni de règle visible, il est soumis au sentiment dont il doit reproduire la marche lente ou rapide. Le vers se développe ou se brise, il coule sur des syllabes aisées ou bondit sur des consonnes rocailleuses, il rampe, il court, il vole, il rit, il pleure, il s'indigne, il

s'irrite, il triomphe, docile à toutes les impulsions que lui donne l'âme sensible du poète. On comprend qu'un pareil rythme ne sied qu'à une langue où l'accent rehausse et abaisse les syllabes ; dans la nôtre, il ne peut se passer de la rime ; mais, avec son aide, il a obtenu les effets les plus heureux, par exemple, dans les fables de La Fontaine. C'est Klopstock qui le premier employa ce rythme en Allemagne ; mais ses vers ne semblent pas se modeler sur le sentiment grâce à l'instinct naïf du génie, mais en vertu des combinaisons savantes de la réflexion : la volonté a une part trop grande dans la disposition et dans la coupe des périodes poétiques. Goethe, au contraire, atteint le but sans le poursuivre,nonchalamment, en obéissant à la pente de sa nature ; le rythme suit de lui-même les sinuosités de la pensée, et cet accord inconscient est plus heureux que la concordance calculée du chantre de la Fête du Printemps.

D'ailleurs, comme on peut le présumer, le rythme des premières odes de Gœthe est bien différent de celui des dernières. Inégal et heurté dans le Chant d'orage, dans le Po5^t7/o», dans Prométhéey il tend à se régler dans la Navigation, dans les Bornes de rhumanité, dans le Divin, jusqu'à ce que ses moindres caprices mêmes soient en désaccord avec le cours paisible d'une pensée sereine. L'ode libre disparaît alors, nous l'avons dit, devant la belle ordonnance de l'octave du Tasse et de l'Arioste.

Page 1