‹ Étude sur les poésies lyriques de GoetheChapitre 59 sur 224 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

POÉSIES SUR l'art. — POÈME SUR HANS SACHS

Il ne faut pas chercher dans les Poésies sur Vart des idées très suivies, un système énoncé ou même sousentendu. Il y aune direction que Goethe suit de préférence aux autres; mais,, tout à côté, des vues différentes la croisent et la contredisent. De même que, dans la poésie, il se rapproche tantôt de Shakespeare, de Hans Sachs, des chantres populaires, de tous ceux qui saisissent la réalité d*une étreinte puissante,tantôt de Pindare, de Sophocle, des poètes qui subordonnent le réel à l'idéal; ainsi, dans Tart, il est attiré tour à tour par l'école réaliste qui représente l'homme, la nature extérieure, tels que l'œil du peintre les perçoit, qui vise au caractéristique y et par l'école idéaliste qui choisit dans l'univers et combine les traits épars pour atteindre le beau.

Souvent il concilie ces deux cultes. Ainsi, dans cette première période, qu'on peut appeler la période réaliste de sa poésie et de ses vues sur l'art, nous le voyons pourtant définir l'idéal de là beauté par les mots de paix et

de simplicité ^j étudier avec amour une tapisserie tissue d'après un carton de Raphaël, contempler avec admiration les plâtres du musée de Mannheim. Il passe des moments délicieux devant l'Apollon du Belvédère,devant le Laocoon, le Gladiateur mourant, le groupe de Castor et Pollux. Mais l'école opposée s'accorde davantage avec SCS vues en poésie, avec ce mot d'ordre universel de l'époque, « la nature » . A Dresde, il n'eut d'yeux que pour la peinture flamande, pour « les ouvrages où la comparaison avec la nature connue relève nécessairement le mérite de l'art » . Par une intolérance familière à la jeunesse, il négligea de regarder les toiles italiennes ; il passa indifférent devant la Madone de Raphaël^ la Nuit de Corrège, le Christ du Titien; il ne remarqua point la Vierge de Holbein, ce chef-d'œuvre du maître, où il marie son art réaliste à l'art idéaliste de l'Italie, A Strasbourg, la cathédrale attira et fixa les regards de Goethe. Il réveilla en Allemagne le goût pour l'art gothique par son article : Du caractère et de Vart allemands. Dans ses voyages sur la Lahn, sur le Rhin et le Mein, il s'essaya à reproduire les beaux paysages qui se déroulaient devant lui, et l'oracle défavorable de la fortune^ ne ralentit qu'un moment son ardeur. Aussi, de retour à Francfort, il visite les galeries, il étudie les peintres hollandais, il peint lui-même sous la direction de Nothnagel. Rien ne le pousse plus avant dans cette voie de l'imitation de la nature, de la recherche du caractéristique, que ses relations avec Lavater et les éludes physiognomoniques que celui-ci préconisait. « Dans ce temps-là, nous dit-il, je m'occupais à la fois sans relâche de poésie et de pein-

i. Lettre à Reich, du 20 févr. 1770.

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