GcETHE, XXI, page
Ifi POÉSIES LYRIQUES DE GŒTHE
ciale de ses vèlcmeiils fit place à des liabits laillés à la mode du jour. Mais il fallut changer aussi de dialecte et d'accent, renoncer à remploi des a expressions naïves des chroniques ». Ce sacrifice lui fut plus pénible, et on le comprend aisément. Ce style hardi, figuré, nourri de la moelle des vieux auteurs et de la sève populaire, convenait à une imagination vive, à une fantaisie qui sentait pousser ses ailes, à un esprit libre et aventureux. Avec ces locutions énergiques, avec ces expressions colorées, le meilleur de sa poésie naissante était rejeté. Il dut adopter un style à la mode de Leipzig, clair, correct, mesuré, le style des Gellert, des Hagedorn, des Weisse. Nous le trouvons dans ses premières poésies, et nous devinons la contrainte qu'il dut s'imposer, en comparant cette source claire et peu profonde au bouillonnement qui jaillit plus tard, quand sa fantaisie se développa en toute liberté. Qui reconnaîtrait dans GœtZy dans Satyros, dans le Mariage de Polichinelle Vemieur ou Caprice de Vamant oÀ des Complices? et, dans la poésie lyrique, quel abime entre le livre des chants de Leipzig et les odes fougueuses de la période de révolution, les chants dans le style et le ton de Hans Sachs.
Ce découragement se fit jour par un acte que Gœthe a retracé dans ses Mémoires. « Au bout de quelque temps, nous dit-il, et après bien des combats, je conçus un si grand mépris pour mes travaux commencés ou achevés, que, ramassant un jour poésie et prose, plans, esquisses, ébauches, je brûlai tout sur le foyer de la cuisine, et remplissant toute la maison d'une épaisse fumée, je causai une grande frayeur à notre bonne vieille hôtesse *. »