‹ Étude sur les poésies lyriques de GoetheChapitre 70 sur 224 · Wie er die Fruhlingssonne spûrt · texte numérisé non relu

Wie er die Fruhlingssonne spûrt

Die Ruh ihm neue Arbeit gebiert :

Ër fiihlt, dass er eine kleine Welt

In seinem Gehirne briitend hait,

Dass er sie gerne môcht* von sich goben. . .

...Da tritt herein ein junges Weib,

Mit voiler Brust und rundem Leib,

Krâftig sie auf den Fiissen steht,

Grad, cdel vor sich hia sie geht,

Ohne mit Schlepp und Steiss zu schwcnzcn,

Oder mit den Augen herum zu scharienzen.

Sie trâgt einen Maasstab in ihrer Hand,

Ihr Giirtel ist ein giUden Band,

Hâtt auf dem Haupt einen Komâhr-Kranz.

ihr Auge war lichten Tages Glanz ;

M an nennt sie thâtig Ehrbarkeit,

Sonst auch Grossmuth, Rechtferligkcit.

à la mise en scène; il s'entourera, avec un soin curieux, de tous les artifices de la fiction, avant d'introduire sa Muse. Maisr cet appareil qui leurre les imaginations est nécessaire dans un âge aussi peu crédule que lexviir siècle ; il est superflu à l'époque naïve où nous transporte cette gravure vénérable. Dans ce temps, les apparitions étaient plus fréquentes et plus familières. Hans Sachs lui-même^ lorsqu'il introduit des divinités mythologiques ou allégoriques, ne met pas son esprit à la gêne pour nous les présenter.

D'ailleurs, si nous doutions encore de cette Vérité, ses paroles, puisées à la source de l'expérience et de la vie, auraient bienlôt confondu notre scepticisme.

€ Je t'ai choisi entre mille, dit-elle à Hans Sachs, dans » le chaos du monde, pour te donner une claire intelh- * gence. Tu ne feras nulle entreprise déraisonnable. » Quand les autres iront courant pèle-mèle, tu le verras » d'un œil sûr; quand les autres se plaindront pitoyablet> ment, tu conteras plaisamment ton histoire; tu tiendras > le parti de l'honneur et de la Justice; en toute chose tu » seras simple et droit; tu sauras louer honnêtement la )» piété et la vertu, appeler le mal par son nom. Rien de » mitigé et rien de subtilisé ; rien d'enjolivé et rien de » grimaçant; tel que l'a vu Albert Durer, le monde sera )> devant toi, dans sa vie puissante et sa virilité, sa force » intérieure et sa stabilité. Le génie de la nature te )> mènera par la main en tout pays, te montrera la vie )) tout entière, l'étrange conduite des hommes; tu les » verras brouiller, chercher, heurter et presser, écarter, » arracher, pousser et frotter; tu contempleras la bigar- » rure extravagante du ménage humain, le pêle-mêle » confus de la fourmilière; mais enfin, ce sera pour

> toi comme si tu voyais une lanterne magique ^ > Ce dernier trait est admirable, et il vise, par-dessus Hans Sachs, le poète idéal, tel que le conçoit Gœthe, le type dont il s'est rapproché plus que tout autre, le génie qui se livre à la réalité sans s'abandonner, qui se mêle aux agitations de la vie pour les dominer, pour les com- (empler, à l'heure sacrée de l'inspiration, € comme s'il voyait une lanterne magique 9.

A ce moment, une autre femme apparaît; c'est une petite vieille qu'on nomme Historiay Mythologiay Fa-

. . . Ich habe dich auserlesen Vor vielen in dem Weltwirrwesen, Dass du sollsl haben klare Sinnen, Nichts Ungeschicklichs magst beginnen .

Wenn André durch einander rennen.

Sollst du*8 mit treuem Blick erkennen ; Wenn André bârmlich sich beklagen, Sollst schwankweis deine Sach fùrtragen; Sollst balten uber Ehr' und Recht, In allem Ding sein schlicht und schlecht, Fromniheit und Tùgend bieder preisen, Das Rose mit seinem Namen heissen. Nichts verlindert und nichts verwitzell, Nichts verzierlicht und nichts verkrizell ; Sondern die Welt soU vor dir stehn, Wie Albrecht Durer sie hat gesehn, Ihr Testes Leben und Mânnlichkelt', Ihre innre Kraft und Stândigkeit.

Der Natur Genius an der Hand Soll dich fîihren durck aile Land, SoU dir zeigen ailes Leben, Der Menschen wunderliches Vt^eben, Ihr Wirren, Suchen, Stossen und Treiben, Schieben, Reissen, Drângen und Reiben, Wie kunterbunt die V\^irthschaft toUert, Der Ameishauf durch einander koUert ; Mag dir aber bel allem geschehn, Als thâtst in einen Zauberkasten sehn.

bula. Elle montre à Hans Sachs les personnages variés de la légende et de l'histoire. Dans cette revue, les noms, les actes, les situations sont empruntés aux poèmes les plus populaires du maître chanteur. C'est Dieu le Père, tel qu'il paraît dans la comédie des Enfants (TÈve^ interrogeant Abel et Gain et leurs dix frères d'après le catéchisme de Luther, sur les dix commandements, sur le Pater, etc. ; c'est la ruine de Sodome et de Gomorrhe puis les douzes femmes illustres que le poète nous présente en un miroir d'honneur; les douze lyrans dans le port de la honte ; « saint Pierre avec la chèvre, mécontent du gouvernement de ce monde,et redressé par Notre- Seigneur ». A ce dernier récit, Goethe a fourni un pendant précieux dans sa légende de Saint-Pierre et du Fer à cheval *^ : c'est la même naïveté, la même bonne humeur, le même ton cordial et plaisant; mais, tandis que la narration du maître-chanteur est traînante par endroits et semée de tours prosaïques, celle de Goethe s'avance d'un pas assuré, toujours vive, alerte et dégagée. Les critiques ne s'accordent pas sur l'interprétation des deux figures allégoriques de la Fable et de la Vérité. Les uns supposent qu'il s'agit d'une simple division de la matière poétique, que la Vérité ou la Réalité désigne les sujets fournis par le présent, tels que le Rossignol de WittenherQy et que la Fable représente les sujets empruntés au passé, comme ceux que nous venons de parcourir. Les autres voient dans cette dernière figure l'enveloppe extérieure, la forme visible dont le poète revêt ses idées, et sous la première le fond même de son inspiration, le sens droit et loyal avec lequel il saisit les

1, GCËTHE, II, p. 224.

choses. Nous croyons qu'il est permis de concilier ces deux interprétations. Selon nous, la première divinité est bien, avant tout, la saine et droite intelligence du maître-chanteur, mais appliquée à l'observation de la réalité, s'exerçant sur les actions et les événements comtemporains; la seconde représente sans doute les sujets fournis par la légende, l'histoire et la mythologie ; mais dans ce vaste répertoire, Hans Sachs choisit k ce qui peut servir à son dessein, ce qui peut être d'un bon exemple et d'une bonne leçon ».

Un côté de la poésie de Hans Sachs n'a pas encore été éclairé : c'est la partie franchement comique et burlesque de son œuvre, ses fabliaux et ses farces de carnaval. Aussi voyons -nous apparaître un fou qui traîne après lui tous les personnages comiques illustrés par le maître-chanteur, particulièrement dans ses deux récits : Le bain des fous et Les fous coupés.

Toutes ces apparitions sont couronnées par celle de la Muse, « sainte figure, comme une image de Notre- « Dame chérie. Elle l'environne de sa clarté, de sa vérité € sans cesse agissante.

« Je viens pour te consacrer, dit- elle. Reçois ma bénédiction et ma faveur ! Que le feu sacré qui sommeille en toi jaillisse en flamme haute et claire^ ! »

Cette muse qui le sacre poète, c'est le don de l'ordon-

1* ...Die Muse, heiligp anzuschauen,

Wie ein Bild unsrer lieben Frauen.

Die umgibt ihn mit ihrer Klarheit.

Immer krâftig wirkender Wahrheit.

Sie spricht : Ich komm um dich zu weitin, Nimm meinen Segen und Gedeihn!

Ein heilig Feuer, das in dir ruht, Schlag aus in hohe lichte Gluth !

iiance et de la dictioa, du choix et de Texpression, le sceau suprême du talent et du génie.

Celte suite de divinités qui viennent combler de leurs présents le maître chanteur, nous rappelle un des poèmes de Hans Sachs où il nous raconte la visite qu'il reçut des neuf Muses, et où elles énumèrent Tune après l'autre les dons qu'elles lui font. Une ferme volonté, l'amour du chant, le zèle et l'ardeur au travail, la gaieté, telles sont les promesses de Clio, d'Euterpe, de Melpo* mène et de Thalie. Polymnie lui accorde la mémoire, le don de < mouvoir et de régler les choses, de diviser et d'ordonner toutes les parties d'un sujet >. Erato lui donne l'invention, Terpsichore « la connaissance vraie de toutes choses » , Uranie « une sagesse divine » ; Calliope enfin € un style agréable aux doctes, une expression douce et plaisante, sensée, claire, sans bégaiement >.

On voit que chez Goethe, les neuf figures se sont réduites à quatre; plus tard, quand il nous dépeindra sa propre consécration, il n'en restera qu'une seule.

Là dernière partie de ce beau poème sur Hans Sachs est la plus fraîche, la plus suave de coloris. Elle est amenée par cette idée si chère à Goethe, qui la développe avec tant de franchise, de verve et de chaleur dans sa critique des poésies du Juif polonais y Aq la nécessité de l'amour pour l'inspiration du poète, pour son bonheur et son réconfort.

Malgré sa libéraUté, la Muse croirait avoir fait trop peu en faveur de son protégé, si elle ne lui donnait une femme pour l'aimer, pour le consoler dans ses chagrins,

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