‹ Étude sur les poésies lyriques de GoetheChapitre 78 sur 224 · Goethe^ XXII, p · texte numérisé non relu

Goethe^ XXII, p

sions. C'est une nuance délicate, mais sensible à un regard attentif. Dans les chansons à Frédérique, c'est le ton pur du Volkslied, le tour naïf, le vers coulant et transparent; dans les liederk Lili, dans celui-ci surtout où le contraste se dessine avec plus de netteté, l'expression, toujours naturelle, est plus fine et plus rare ; la strophe est ciselée avec un art plus accompli ; des termes comme Schauerlicht, eindœmmern, empfunden, marquent une observation subtile, une imagination déliée, une vive sensation se concentrant en un seul mot.

On sait que Gœthe, pour échappera son amour ou pour en éprouver la force, se laissa entraîner en Suisse par les comtes de Stolberg ; on connaît les curieux incidents de ce voyage, la scène spirituelle du sang des tyrans, les verres brisés après que les jeunes gens eurent bu à la santé de leurs belles, le scandale des bains à Darmstadt et à Zurich, toutes les folies auxquelles ils s'abandonnaient sous le prétexte de suivre les libres mouvements de la nature. L'image de Lili venait traverser tous ces divertissements : plus Gœthe s'éloignait d'elle, plus il sentait croître le besoin de la revoir.

Cependant, les premières impressions des sites riants ou grandioses de la Suisse furent vives et délicieuses ; dans une poésie écrite sur le lac de Zurich, il nous révèle, selon son habitude, les émotions qui se succèdent en son cœur. Il exprime d'abord^ en termes généraux,

le seutiment de soulagement et de bonheur, le bien-être des sens et de l'âme qu'il éprouve au sein de la nature; il est trop abandonné à ces ivresses d'une matinée dejuin, en présence d'un si beau spectacle, pour arrêter ses yeux et les poser sur les détails, pour analyser ce qu'il voit, pour reproduire les teintes ou pour dessiner les contours des objets. 11 ne fait qu'exhaler sa joie et noter ce qu'il peut saisir sans effort, la vague qui berce son bateau et les hautes montagnes qui bornent l'horizon.

ft Je puise dans ce libre univers une fraîche nourriture, » un sang nouveau. Que la nature est douce et bonne, » qui me tient ainsi sur son sein. Le flot berce notre » nacelle, aux sons cadencés de la rame, et des monta- » gnes nuageuses, touchant au ciel, viennent à rencontre » de notre cours* ».

Mais, par un retour d'une grande vérité, le poète pense soudain àLili. En effet, c'est une habitude constante de notre âme, lorsqu'elle est occupée par un intérêt puissant, par une grande passion, par un deuil profond, et que soudain, par un coup du hasard, elle est surprise et émue par un intérêt différent, de se reporter vers l'objet accoutumé de sa pensée, de voir s'il n'est pas entamé ou blessé par cette impression nouvelle, de les accorder, s'il est possible, ou d'effacer le plus faible intérêt à l'aide du

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