POÉSIES SUR MADAME DE STEIN
Les dix premières années du séjour de Goethe à Weimar sont une période importante de sa yie, période de transition et de transformation, où il passe de la jeunesse à la maturité, de la fièvre au calme, des aspirations et des rêves aux projets sérieux et à l'action, des excès de la joie et de la douleur à l'équilibre de l'âme, à une sérénité modérée et souriante.
Le mot qui reparaît le plus souvent dans ses lettres et dans ses poésies de 1776 exprime bien la disposition prédominante de son âme à l'apogée de sa vive jeunesse, avant les premiers indices de sa métamorphose* Cette expression intraduisible {dumpfy Dumpfheit), employée dans les acceptions les plus diverses, vague et fuyante à dessein, correspond aux mouvements confus d'une âme trop fortement secouée pour se rendre compte d'ellemême, à une sorte de demi-conscience délicieuse et inquiète où l'âme inactive pressent un avenir fécond, mais comprime ses élans jusqu'à ce que le moment propice soit venu pour exercer sa force accumulée; ailleurs*,