‹ Étude sur les poésies lyriques de GoetheChapitre 92 sur 224 · MÉziÈRES, Gœthe, t, p · texte numérisé non relu

MÉziÈRES, Gœthe, t, p

religieuse de sa reconnaissance, sur l'accent attendri de son bonheur ; on a pensé qu'une confiance plus grande, un abandon de l'âmey une tendresse toute morale avaient suffi à provoquer une explosion de joie aussi prolongée ; on a cru que ces louanges de la modération, de . la sagesse, de la patience de Charlotte contredisaient toute interprétation matérielle des paroles de Gœthe. Nous y lisons tout autre chose.

« Je supplie les Grâces, dit- il dans la même lettre, de vouloir bien donner et conserver à ma passion cette bonté intime, de laquelle seule peut naître la beauté. > C'est là le fond de ses sentiments, la source d'où jaillissent toutes ces expressions d'amour qui semblent contradictoires. Pour que le regret et le remords ne s'éveillent pas dans l'âme de Charlotte, il faut qu'elle se persuade que ce sacrifice était nécessaire au bonheur de Gœthe, à l'épanouissement harmonieux de sa nature, qu'il a donné à ses sentiments, loin de les affaiblir ou de les altérer, une délicatesse, une profondeur, une beauté qu'elle ne soupçonnait point; il faut qu'elle s'imagine n'avoir pas perdu toutes ces qualités que Gœthe vantait en elle autrefois, sa patience, sa sagesse, sa modération, mais les avoir communiquées à celui qu'elle aime. Tout ce que peut trouver un homme pour se faire pardonner les faveurs qu'il a obtenues, il le dit et le développe avec un tact exquis, un art délié, une connaissance profonde des paroles qui apaisent et flattent le cœur. Il lui fait honneur de tous les bons sentiments, de tous les nobles mouvements de son âme; il rattache sa bienfaisance à son amour. « Crois-moi, je me sens tout autre ; mon ancienne bienfaisance me revient, et, avec elle, la joie de ma vie. Tu m'as rendu la jouissance des bonnes actions, que

j'avais entièrement perdue*. » « Aime-moi de ton éternel amour, car c'est le rayon de soleil qui fait tout fructifier en moi*. »

Dans la longue correspondance de Gœthe, depuis ses épltres juvéniles de Leipzig jusqu'aux lettres sages et sereines de sa vieillesse, il n'y en a point où le ton se rapproche davantage de celui de ses poésies : ce ne sont plus les traits heurtés, les figures confuses des lettres à Kestner et à la comtesse de Stolberg; c'est une succession d'images achevées, d'expressions délicates, de tours choisis; il semble, par moments, qu'un rythme secret soutienne cette langue et la plie aux savantes harmonies A*Iphigénie et de Torquato Tasso.

« Votre amour est pour moi comme une étoile du pôle, qui ne se couche jamais et tresse au-dessus de notre tête une guirlande éternellement vivante. Je prie les dieux de ne jamais mêla voiler sur le chemin de ma vie. » «Elle viendra! elle viendra!» ç*a été mon exclamation, lorsque j'ouvris les yeux et que je vis le soleil. Les heures de ce jour m'apporteront une belle félicité. » (( Comme la musique n'est rien sans la voix humaine, ainsi ma vie ne serait rien sans ton amour. » « Bonne nuit, ma bîen-aimée; être éloigné de son amour, ce n'est pas vivre. » « Je ne puis attendre le moment où je pourrai m'agenouiller devant toi, et te répéter mille fois que je t'appartiens éternellement '^. »

En citant ces belles effusions d'une âme longtemps sevi'ée de bonheur, et qui a conscience de son ivresse, notre objet n'est pas seulement de familiariser le lecteur

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