‹ Étude sur les poésies lyriques de GoetheChapitre 95 sur 224 · Euch bedaur* ich, ungluckserge Sterne · texte numérisé non relu

Euch bedaur* ich, ungluckserge Sterne

Die ihr schôn seid und so herrlich scheinet, Dem bedrângten Schiffer gerne leuchtet, Unbelohnt von Gôttern und von Menschen ; Denn ihr liebt niclit, kanntet nie die Liebe! Unaufhaltsam fûhren ew*ge Stunden Eure Reihen durch den weiten Himmel.

Welche Reise habt ihr schon vollendet!

Seit ich vsreilend in dem Ârm der Liebsten £uer und der Mitternacht ver^essen.

Nachtgedanheny Goethe. Il, p. 85^

> Lorsque j'entoure de mes bras ton corps chéri, et » que, sur tes lèvres uniquement fidèles, je savoure le » baume de Vamour longtemps réservé^ je dis alors à j> mon àme avec enchantement. :

^ Non, jamais un autre dieu que l'amour n'a fait, ni > possédé une coupe pareille; jamais Yulcain, avec ses » marteaux ingénieux, intelligents, ne produit des formes 9 semblables. Que, sur les vertes collines, Bacchus fasse » presser par les plus vieux, les plus habiles de ses faunes, )> des grappes choisies; qu'il préside lui-même à la * mystérieuse fermentation ; aucuns soins ne lui donne- »ront un pareil breuvage ^ »

!• Einen wohlgeschnitzten voHen Bêcher

Uielt ich driickend in den beiden Hânden, Sog begierig sûssen Wein vom Rànde, Gram und Sorg* auf einmal zu vertrinken.

Amor trat herein und fand mich sitzen, Und er lâchelte bescheidenweise»

Als den Unverstandigen bedauernd.

« Freund, ich kenn' ein schôneres Gefôsse, « Werth, die ganze Seele drein zu senken ; » Was gelobst du, wenn ich dir es gônne, « Es mit anderm Nektar dir erfiiile? »

wie freundlich hat er Wort gehalten !

Da er, Lida, dich mit sanfler,Neigung Mir, dem lange Sehnenden geeignet.

Wenn ich deinen lieben Leib umfasse, Und Yon deinen einzig treuen Lippen Langbewahrter Liebe Balsam koste, Selig sprech* ich dann zu meinem Geiste :

Nein, ein solch Gefâss hat, ausser Amorn, Nie ein Gott gebildet noch besessen !

Solche Formen treibet nie Vulcanus Mit den sinnbegabten feinen Hâmmem !

La confession est-elle assez claire, assez concluante? nous n'avons pas affaire ici à une jouissance de commande et de convention; ce n'est pas une Phyllis imaginaire, une Iris en l'air dont Gœthe célèbre la conquête; c'est Lida, le pseudonyme poétique qu'il avait choisi pour Charlotte, comme le prouvent plusieurs autres chansons. 11 ne renonce pas, en un sujet si délicat, à glisser dans une peinture dont le cadre est antique des traits personnels; en proie à l'inspiration, il ne songe pas au public, mais à lui-même. Aussi parle-t-il de la longueur de son attente, de la douce inclination de madame de Stein et de cet amour longtemps contenu dont il goûte enfin le nectar. Pour tromper le monde, il lui suffit d'un faux sous-titre qui déroute la curiosité, mais sa maîtresse sait bien que c'est elle qu'il chante; d'ailleurs, il lui en a donné l'assurance, en lui disant : € Ceci est à toi, ceci t'appartient. »

Supposez un instant que les relations de Goethe et de madame de Stein soient restées platoniques jusqu'au bout : comment rendrez- vous compte de ces poésies? Il ne peut pas être question d'un autre amour, réel ou imaginaire : le nom de Lida, les assurances données par Gœthe à son amie, s'opposent à cette hypothèse. Il chante alors les faveurs désirées qu'il s'est vu refuser? il adresse ces vers où il célèbre sa conquête à celle-là même dont il n'a pu vaincre les scrupules? son indélicatesse, son audace vont

Auf belaubten Hûgeln mag Lyaus Durch die âltsten, kliigstcn seiner Faunen Ausgesuchte Trauben keltern lassen, Selbst geheimnissvollcr Gâhrung vorstehn :

Solchen Trank vcrschaift ihm keine Sorgfalt.

Goethe, II, p. 84.

jusqu'à lui dire que ces vers lui appartiennent, qu'il les a composés pour elle? C'est contre de pareilles invraisemblances qu'on vient se heurter, lorsqu'on refuse d'adopter une solution trop conforme à la faiblesse humaine, aux mœurs du siècle et à la nature sensuelle de Goethe.

Ce sont les odes anacréonliques que Gœthe a imitées dans ces poésies. Peu d'œuvres eurent autant de vogue au dix-huitième siècle. Les poètes erotiques français ont sans cesse à la bouche le nom d'Anacréon; ils l'imitent en l'affadissant, en le délayant. En Allemagne, tous ceux que n'entraîne pas la muse séraphique de Klopstock, le choisissent, avec Horace, pour leur maître préféré : Gleim, Weisse, Uz célèbrent à J'envi Eros et Bacchus; Lessing lui-même se relâche de sa sévérité pour opposer à la p dette riêhe et chargée de l'Arioste les couleurs sobres et choisies qui distinguent le portrait de Bathylle et celui de la jeune lille *. Peut-être entrait-il dans ces louanges un peu de celte admiration superstitieuse avec laquelle nous abordons les grands noms de l'antiquité. La jeunesse sentimentale était vouée au culte du faux Ossian, la jeunesse légère lui opposait celui du faux Anacréon.

Depuis que la critique a enlevé toutes ces odes, ou du moins la plupart, au chantre de Téos pour les attribuer à d'obscurs poètes d'Alexandrie ou de Byzance, le dédain a succédé à l'enthousiasme : pour ne point paraître dupe, on s'est refusé à subir lè^ charme de ces gentilles fictions, de ces aimables allégories.

N'ayons pas le goût si dégoûté; ne méprisons pas ces vers qui plaisaient à tant de bons esprits du seizième siècle, que La Fontaine imitait avec abandon, que Lessing et

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