‹ Etude sur les populations bambaras de la vallée du NigerChapitre 10 sur 18 · BIJOUX · texte numérisé non relu

BIJOUX

Les nègres aiment ce qui est voyant, ce qui tire l'œil. Les Bambaras ne font pas exception à la règle : hommes et femmes, tous portent de nombreux bijoux, parmi lesquels il en est, fabriqués avec l'or extrait dans le pays, et travaillés par les forgerons, qui ont une réelle valeur, non seulement à cause de la matière employée, mais aussi à cause de l'habileté des ouvriers et du fini du travail.

Les hommes ont tous des bagues en quantité plus ou moins considérable, selon leur richesse. Ils en mettent à tous leurs doigts, aussi bien aux pieds qu'aux mains. Ces bagues sont généralement sans valeur : le métal le plus précieux employé est l'argent. Ils attribuent à certains bijoux des qualités spéciales : les bagues de cornaline, par exemple, vendues en grande

quantité par les maisons de commerce européennes, protègent contre les maux d'yeux.

Celles en métal peuvent être rangées, d'après leur forme, en trois classes différentes. La bague chevalière s'appelle Katoumé : elle est très commune. Une sorte de bague double, formée de deux anneaux juxtaposés et de formes différentes, se porte souvent aux pouces. Enfin on nomme Damékoté des bagues ayant un gros chaton creux, en forme d'œuf ou de minaret.

Jamais les bagues ne sont fermées, ce qui permet à leurs possesseurs de les ouvrir et de les changer de doigt à volonté.

Presque tous les hommes portent aussi des bracelets. On peut reconnaître, d'une façon presque certaine, grâce à cet ornement réservé chez nous au beau sexe, la religion de celui qui le porte. Les musulmans ont un faible pour le bracelet fermé, mis au-dessus du coude : ce bijou est en pierre, en bois, ou en métal. Les non-musulmans préfèrent le bracelet en métal, non fermé, et le placent au poignet.

Les femmes portent encore plus de bagues et de bracelets que les hommes, et les placent de la même manière. Elles donnent à leurs bracelets différents noms selon la matière dont ils sont faits. Ceux en argent sont dénommés Guimba; en cuivre, ce sont des Siraori; en perles, des Bololakono; les colliers sont des Sénaori, et les chaînettes des Djoloro.

Ordinairement, et dès que la femme est un peu aisée, les boucles d'oreille sont en or. Celles des moussos riches sont d'une lourdeur considérable, pesantes au point de déchirer le lobe de l'oreille. Comme la femme n'a généralement pas en une seule fois assez d'or pour faire confectionner ces anneaux monstres, elle se fait percer dans le pavillon de l'oreille un grand nombre de trous, et dans chacun d'eux passe un petit anneau — (toujours non fermé). Lorsqu'elle est arrivée à posséder suffisamment de ces anneaux, elle les réunit, les fait fondre et convertir en deux gros anneaux à spirales dont elle est très fière. Ce sont ces boucles d'oreille qui déchirent le lobe de l'oreille.

Les forgerons bambaras sont adroits : outre ces anneaux, ils font pour le cou et la poitrine des plaques ciselées et habile-

ment contournées ayant l'apparence de l'or massif, mais d'une légèreté extrême, et très minces. Il en est de fort gracieuses, très travaillées, pour lesquelles des artisans ont fait preuve d'un réel talent et de goût. On leur donne, d'une façon générale, le nom de Sanousébé-ou.

Remarquons, pendant que nous sommes sur ce chapitre des bijoux, qu'il n'existe pas une femme au Soudan français, riche ou pauvre, qui ce porte autour des hanches une ceinture — ou tout au moins une ficelle en tenant lieu. Ces ceintures sont faites pour la classe moyenne et pour les gens riches avec des perles, plus ou moins grosses selon la fortune.

Avec les boules en ambre, on fait des colliers ; de même avec le corail en branche — ambre et corail souvent faux, bien que les indigènes reconnaissent facilement le vrai et les imitations.

Quelques élégantes portent sur les tempes et au milieu du front des bijoux ou plaquettes, généralement en or travaillé : ces plaques ont la forme d'une tête de lézard, et en ont reçu d'ailleurs ce nom. Ce sont des Bassakoun.

Hommes et femmes, vieillards et enfants, tout le monde a sur soi des amulettes en nombre plus ou moins grand. Ces amulettes — vulgairement appelées gris-gris par les Européens — consistent en un morceau de terre, une pierre, une feuille, un verset du Coran..., et parfois rien du tout, enfermé dans un sachet en cuir, attaché au bout d'un cordon et que l'on se met, soit autour du cou, soit au bras. Il est de ces sachets qui sont curieux, très ouvragés, vraiment très jolis, car les cordonniers bambaras sont gens habiles à manier le cuir.

Il est à noter que les musulmans, tout aussi bien que les fétichistes, portent de ces amulettes dont chacune a un but distinct. On en fait et on en vend pour toutes les maladies connues et inconnues ; les plus demandées sont celles qui préservent de la morsure des serpents, des maladies d'yeux, si fréquentes là-bas, de la toux et des mauvais esprits.

Les hommes et les femmes portent sur la poitrine, tantôt sous, tantôt par- dessus le Dloki, un sachet en cuir de vingt centimètres environ, s'ouvrant à volonté, les deux compartiments composant le tout entrant et s'emboîtant l'un dans l'autre.

C'est le Gnagna, qui, suspendu au bout d'un lacet de cuir, tient Heu d eportegmonnaie. Pour les voyages à cheval, par exemple, e. hommes ont une sorte de sacoche, de la forme à peu pr des anciennes sabretaches, - appelée Djémé - dans laquelle ils placent leurs objets usuels, pipe, tabac, briquet, etc.

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