‹ Etude sur les populations bambaras de la vallée du NigerChapitre 9 sur 18 · COSTUME · texte numérisé non relu

COSTUME

Les hommes ont la tête coiffée d'un bonnet, et parfois d'un grand chapeau en paille tressée, garni de glands en cuir, et orné de brins d'herbe rassemblés en forme de turban tout autour de la coiffe qui se termine par une pointe ornée d'un ou deux bouts de cuir colorié, et plus ou moins orné. Ce grand chapeau ne se met que pour les voyages : les trois quarts du temps, il est accroché par les grosses courroies de cuir qui le garnissent, et pend dans le dos de son possesseur.

Quant aux bonnets, d'un usage continuel, ils ont différents noms selon leur forme. Ce sont des Banfla, des Fon, des Foula — selon qu'ils sont à une ou deux pointes, ronds ou en forme de tronc de cône. — Dans ce dernier cas, c'est un Tidjani ou Faranfla.

La partie supérieure du corps est couverte du Dloki, que les Européens appellent généralement Boubou. C'est une sorte de grand manteau flottant et très ample, ayant un trou par lequel on passe la tête, deux autres ouvertures, recouvertes d'un long pan d'étoffe servant de passage aux bras, et une grande poche sur le devant. Il en est de toutes couleurs, bien que le blanc et le bleu dominent à une immense majorité. Les Dlokis sont plus ou moins richement brodés, selon la fortune de leurs possesseurs. Certains atteignent des prix très élevés, et sont réellement brodés avec infiniment de goût et d'adresse.

Sous le Dloki, les gens aisés portent une sorte de chemise courte ou de camisole, qu'ils appellent Tourti ou Soulia.

Le bas du corps est couvert par un pantalon. Quand ce vêtement est long et formé d'une seule pièce, c'est un Nsarbou : quand il est composé de trois pièces, c'est un Koursi sénma. Quelques riches Bambaras musulmans portent le large pantalon haoussa, appelé Saga, mais c'est l'exception.

Dans les villes où sont installés des comptoirs européens on voit aussi quelquefois des élégants porter des chaussettes — mais cet objet de luxe est généralement inconnu — ou du moins inemployé.

Les chaussures sont des Sahara. Elles ont la forme de pantoufles, formées de cuir très souple teint en rouge ou en jaune, quelquefois en vert, elles sont fraîches et agréables à porter. Dans certains cantons, elles sont ornées de dessins et même de broderies. Les cavaliers, ou ceux qui veulent faire croire qu'ils ont un cheval, mettent des bottes appelées Tjoron. Elles sont rouges, jaunes, vertes, souvent ornées de dessins, légères et si souples que presque tous les Européens s'en font faire et les portent avec plaisir. Les gens pauvres vont nu-pieds, ou portent une sorte de sandales appelées Farankélé qui s'attachent au bas de la jambe avec des courroies.

Ce costume est celui des cérémonies, ou du moins celui que portent les gens oisifs. Les travailleurs, artisans, laboureurs, pêcheurs, le simplifient beaucoup. Pendant toute la durée de leur travail, ils se contentent d'une bande d'étoffe de 0m,50 de largeur, passant entre les jambes et retenue autour de la taille par une hcelle — c'est le Bila. — Un grand Dloki, passé quand le travail est achevé, complète le costume.

Beaucoup des étoffes avec lesquelles sont confectionnés ces vêtements sont achetées dans les maisons européennes : cependant les gens d'importance restent fidèles aux étoffes faites en coton et sur place. Nous indiquons un peu plus bas comment elles sont obtenues. En hiver, lesBambaras s'enveloppent dans des couvertures de laine (Birifini) et portent sur la tête et autour du cou un autre morceau d'étoffe appelé Kousonkala.

Les femmes s'entourent le bas du corps avec une pièce d'étoffe appelée Tafé. C'est ce que nous dénommons improprement le pagne. Dès que la femme travaille, le haut du corps est nu ; il arrive même souvent que le Tafé est remplacé, surtout pour les travaux des champs, par une bande d'étoffe de tous points semblable au Bila des hommes. Lorsque la femme ne travaille pas, elle se couvre généralement le haut du corps d'un Dloki, de même forme que celui des hommes, mais plus petit. Celles qui sont riches ont la tête protégée par une pièce

d'étoffe légère appelée Dankana. Aux pieds elles portent des Mouké, pantoufles à semelles parfois épaisses de plusieurs centimètres, qu'elles traînent en marchant, d'une façon fort disgracieuse. Ces Mouké sont souvent de deux couleurs : parfois brodées de soies ou de laines aux tons vifs et criards.

Les enfants vont nus jusque vers l'âge de douze ans. A cette époque, les petits garçons sont circoncis et commencent à porter le Bila. Quand ils grandissent, et selon la fortune de leurs parents, ils prennent plus ou moins rapidement le costume complet des hommes faits.

Quant aux petites filles, elles restent généralement nues plus longtemps que les garçons. Ce n'est guère qu'à l'époque de la puberté, lorsqu'elles ont subi l'opération à laquelle les Bambaras astreignent toutes les filles, qu'elles commencent à porter le Tafé. Dès lors, elles ont vite adopté le costume complet des femmes. Néanmoins, parmi les gens de condition pauvre, les jeunes filles, même arrivées à un âge déjà fort avancé, n'ont pour tout vêtement qu'une bande d'étoffe de 0m,40 à 0m,50 de largeur, roulée autour des hanches.

Page 1