ASSOCIATIONS
Pour terminer ce qui a trait à cette partie de l'étude morale de ce peuple, notons que, selon M. Monteil, qui en a eu la preuve, il existe chez eux plusieurs sortes de sociétés ou associations, nous ne dirons pas de secours mutuels, ce serait exagéré, mais d'entente entre coparticipants, destinées à procurer à chacun des membres desdites confréries le plus de bien-être possible.
Les premières sont les Ntomos, ou Ntori-Khéfengo, le nom
varie selon les cantons. Elles se créent enlre jeunes gens arrivés à l'âge d'être circoncis. Le but général est de procurer h. l'association, sans bourse délier, des vivres liquides et solides. On a recours pour cela au maraudage et môme au vol. Les associés reconnaissent la direction d'un chef auquel on confie la garde de l'emblème de la confrérie. C'est un morceau de bois grossièrement sculpté en forme de phallus et attaché au bout d'une corde d'un mètre de long environ auquel on donne le nom Ntomo-woulou, littéralement chien du Ntomo. Cet emblème agité comme une fronde produit un son qui s'entend de fort loin, il sert à annoncer les fêtes du Ntomo, car ces jeunes gens donnent des fêtes, lorsque les autres moyens ont été inefficaces pour leur procurer les vivres nécessaires à leurs petites orgies.
Ces fêtes sont de deux sortes : celles de jour, spécialement appelées Ntomos, ont pour acteurs deux enfants déguisés l'un en homme, l'autre en femme, et chargés par leurs lazzis de séduire la foule : leurs camarades font la quête. Les secondes ont lieu la nuit et s'appellent Tiégos : elles ont pour unique acteur un garçon habillé avec les feuilles de l'arbre appelé Ranranango : ses lazzis n'ont d'autre limite que son manque d'inspiration. Les Bambaras goûtent fort ce genre de distractions.
Les réunions, comme celles du Dassiri, se font à l'abri d'un arbre auquel les membres du Ntomo font des libations et offrent des sacrifices.
Les autres sociétés sont des Flantons, littéralement réunion d'âge, dont les membres ont tous été circoncis ou excisés au cours de trois années consécutives. Il en est d'hommes, d'autres de femmes : il n'en existe pas dans lesquelles le mélange des sexes soit admis.
Les Flantons sont dirigés par un chef, Tontigui ; un factotum ou intendant du chef, chargé de transmettre ses ordres, c'est le Tondiali; enfin un Dialatigué qui a pour mission de faire observer les règles ou statuts de la société.
Comme dans toute organisation sociale ou cultuelle nègre, le repas pris en commun joue un grand rôle : les règles des Flantons prévoient donc un grand nombre d'amendes imposées
aux adhérents dans le cas de désobéissance aux statuts, afin de procurer des ressources à la société. Ces règles s'efforcent d'être souvent singulières. On punit d'une amende, par exemple, celui qui se mouche ou éternue, ou se lève de table ou commence à manger avant l'ordre du Tontigui.
Mais à côté de ces divertissements un peu puérils, les Flantons jouent aussi ud rôle important dans les actes les plus graves de la vie individuelle nègre, le mariage notamment. Lorsqu'un Tondén (les Tondén-ou sont les membres des Flantons) — veut se marier, il prévient le Tontigui, et lui demande conseil. Souvent celui-ci se charge des démarches à faire près des futurs beaux-parents : lorsqu'il n'intervient pas à ce sujet, il vient néanmoins en aide au futur marié d'une manière efficace, en attribuant à chacun des Tondén-ou une besogne déterminée. Aux uns incombe dès lors le soin de construire la case du jeune ménage; les autres sont chargés d'aller labourer les champs des beaux-parents ; d'autres enfin interviennent pour procurer à leur frère tondén le plus de bien-être possible.
Quand le nouveau marié est définitivement installé, il doit reconnaître les bons offices qui lui ont été rendus. Le Tontigui fixe un jour et, à la date indiquée, le nouveau marié donne à tous les membres de sa Flanton un grand repas, plus ou moins abondant et luxueux, selon ses moyens.
Dans ces circonstances la société fait porter un plat de victuailles au chef du village, un second à la Flanton composée d'hommes d'un âge immédiatement supérieur, un troisième à la Flanton composée des hommes d'un âge immédiatement inférieur, et un quatrième à la Flanton des femmes du même âge. Ces plats, envoyés en signe de bonne camaraderie et d'hommage, sont appelés en bambara des Tokouna.
Moins libres que les hommes, de par leurs multiples occupations et la volonté toute-puissante de leurs seigneurs et maîtres, les femmes réunies en Flanton se portent secours et assistance dans tous les menus événements de leur exislence.
Quand un Tondén quitte son village, il peut, grâce à certains mots de passe et à des signes de reconnaissance gardés secrets, se faire admettre, dans sa nouvelle résidence, dans la
Flanton composée des hommes de son âge : il y est toujours bien accueilli, et trouve près de ces nouveaux Tondén-ou l'appui dont il peut avoir besoin.
Ces Plantons qui durent pendant toute la durée de leur existence entre lîambaras ayant été circoncis à la môme époque, ayant ensuite accompli certains rites, et versé une certaine cotisation, sont par le fait une forme embryonnaire et rudimentaire de nos sociétés de secours mutuels, et de ces associations d'assistance que l'on s'efforce de développer chez nous, peuples prétendus civilisés.