ALIMENTATION DES TUBERCULEUX ATTEINTS DE TROUBLES DIGESTIFS
L'un des problèmes les plus délicats de l’alimentation des tuberculeux est la possibilité de lésions ou de troubles de l’appareil digestif chez ces malades. On sait à quel point la survenue de telles atteintes digestives assombrit le pronostic de la tuberculose du fait même des difficultés de l’alimentation.
Il y a lieu de distinguer dans cet ordre d’idées deux séries de faits : la coexistence d’une tuberculose du tube digestif et l’existence de troubles digestifs d’origine non tuberculeuse.
Dans le premier cas, il s’agit généralement d’une entérite tuberculeuse avec diarrhée chronique. La constatation d’une telle entérite est d’une extrême gravité chez le tuberculeux pulmonaire car il s’établit une sorte de cercle vicieux : si l’on continue à alimenter le malade, l’entérite s'aggrave, si l’on cesse l’alimentation, c’est l’état pulmonaire qui fléchit. On a préconisé de nombreuses méthodes pour essayer de fournir à ces malades un régime suffisant tout en n’excitant pas l’intestin, mais dans la pratique, le cas
est grave et l’on en arrive rapidement à ne plus pouvoir alimenter le malade que par des lavements nutritifs. Nous n’insistons pas sur ce cas où la seule conduite à tenir est cellé qui est guidée par les susceptibilités et les tolérances individuelles de chaque malade.
L'existence de troubles digestifs non tuberculeux chez les tuberculeux a été particulièrement étudiée par Loeper qui les attribue souvent à des déficiences des glandes annexes. Selon cet auteur, la diarrhée des tuberculeux' serait’ très souvent'la conséquénée d’une insuffisance pancréatique. La présence de résidus non digérés où insuffisamment digérés témoigne de là na? ture pancréatiqué de cette diarrhée. L’épreuve du salol, l’abaissement du taux de l’amylase fécalé indi2 quent encore plus nettement cette origine. Le traïîtement de ces diarrhées est avant tout la pancréatine, préconisée déjà par Carnot.
Malgré sa natüre non tuberculeuse, cette diarrhée doit être combattue énergiquemeént car elle peut atteindre une abondance considérable, dépassant 400 grammes et exagérant encore le déficit du'bilan nutritif.
Les tuberculeux peuvent encore présenter des troubles gastriques. Nous avons déjà vu que Sergent incriminait la fréquence de l’hyperchlorhÿärie comme un facteur de décalcification. Il importe doné de co: battre cette hyperchlorhydrie car de toute fagon elle peut compromettré la suralimentation. Un excès ‘de matières grasses, ainsi que les ‘plats vinaigrés'doivént être proscrits.
Dans d’autres cas, moins nombreux sans doute, les troubles gastriques consistent plutôt en hypochlorhydrie.
Ce qu’il importe de savoir, c’est que le tube digestif des tuberculeux doit faire l’objet d’une surveillance très attentive. Il semble que ces sujets ont une tendance spontanée à certains troubles, comme l’insuffisance pancréatique. Ce qui semble certain aussi c’est que le surmenage auquel le régime de suralimentation soumet le tube digestif réveille toutes les tendances latentes. Il importe donc d’appliquer la suralimentation avec discrétion, en tenant compte des besoins de chaque malade et aussi de l’état de son appareil digestif.