‹ Étude sur les privilèges d'exemption et de juridiction ecclésiastique des abbayes normandes: des origines jusqu'en 1140Chapitre 139 sur 342 · PRIVILÈGE DE L'ÎLE DE THANET · texte numérisé non relu

PRIVILÈGE DE L'ÎLE DE THANET

loutes les coutumes qui lui avaient appartenu. Il précisa que la puissance qu'il donnait aux moines s'étendait «sur terre, sur mer et sur le littoral * ». En fait, l'abbé en tira, dans toute la région, une juridiction ecclésiastique à compétence très large : quarante ans plus tard, au

temps de la conquête normande, il jugeait les crimes « comme l'archevêque dans son diocèse ""* ».

Un an après (1028) "°*, Cnut accordait au monastère de Bury-Saint-Edmunds, qu'il avait récemment restauré",

un privilège analogue pour le bourg entourant l'ab-

baye ‘7.

103. KemBLe, Codex saxonicus, n° 1326, t. VI, pp. 189-190 : « Ego -Cnud.. nolum sit vobis omnibus me dedisse sanelo Augustino patrono meo corpus sanctae Mildryde (sainte Mildryth, abbesse et patronne de Minster) gloriosae virginis cum tota terra sua infra insulam Tanat et extra cum omnibus consuetudinibus ad suam «ecclesiam pertinentibus. Haec omnia ita libera et quieta reddo Deo et abbali Aelfstano et fralribus loci, sicut ego ea unquam melius habui, Lam in tlerra quam in mari et in litore, ut habeant, possideant imperpeluum. » KEMBLE n'a pas daté l’acte, mais il semble que l’on puisse adopter la date de 1027, donnée par la chronique de Thorne {op. cit., 1583). L'acte de Cnut fut confirmé par Édouard le Confesseur (KEMBLE, n° 900, t. IV, pp. 236-238).

104. THORNE, Chronica (op. cit., 1791) : « Ante istum Lamfrancum tam sacerdotes quam homines tocius abbatiae de nulla contra Chrislianilalem offensione nisi soli abbati el suis commissariis solebant respondere. Ipse enim abbas et ejus deputati capitulum et convocationem eorum quandocumque volebant vel ratio. aut necessilas exposcebal, libere, pacifice el sine omni hominum contradiclione faciebant et de omni crimine vel commisso qualem volebant et culpa exigebal, emendationem accipiebant per omnia, sicul archiepiscopus in diocesi sua. »

109. Date adoptée par Goopwiw, The abbey of St-Edmundsbury, P. 7.

106. En 1020 {Goopwi, 0p. cit., p. 4), Cnut avait remplacé l'ancienne collégiale de chanoines par une vingtaine de moines venus des abbayes d’Ely et de Saint-Benet’s Hulme (Chronique de Saint- Benel’s Hulme, Ducparr, II, p. 135, anno MXX).

107 GOODWIN, 0p. cil., p. 7. Cet auteur s'appuie sur KEMBLE, 739, L IV, pp. 15-18 (jadis suspecté). Voir aussi Memorials of St. Edm. Bury, 64. Arwot», 1, pp. 359-360. Le diplôme de Hardecnut (KeuBLe, 757, L IV, p. 60) est un faux (Goopwin, p. 7). Par contre, sont authentiques deux diplômes d'Édouard le Confesseur 1° KemBLe, n° 910, t. IV, pp. 248-249 : « .… nec aliquis episcopus, qui est vel unquam eril in Norfolc vél Suffole, habeat unquam potestalem aliquam in eoden: monasterio nec infra fines ejusdem villae crucibus designalos »; »° KemBze, n° 915, t. IV, p. 252 (reproduisant la charte saxonne : ibid., n° 800,6 IV). p2987 ChADANIS:

C'est également sous son règne que l'abbé d'Eveshami, Aelfward, qui était en même temps évêque de Londres et auquel l'évêque diocésain de Worcester avait abandonné tous pouvoirs sur l’abbaye, confia au prieur Evich la

Justice ecclésiastique sur les églises du Vale”, Si l’on

en croit le chroniqueur qui rapporte l'événement, Cnut ne vit pas d'un mauvais œil une telle attribution : de fait, il paraît avoir apprécié Evich, et c’est par bienveillance pour lui qu'il donna au monastère plusieurs domaines qui, certainement dès cette époque, furent incorporés au territoire de la juridiction ‘”. Celui-ci, déjà presque défi-

The liberties of Bury-St-Edmunds, Engl. hist. rev., XXIV, 1909, PATIO

108. Chronicon abbatiae de Evesham, éd. Macray, p. 83 : « Iste, enim abbas (Aeluvuardus), postquam Aldulfus episcopus Wigorniae hane abbaliam sibi et successoribus Suis subjecerat, primus abba- Lum in libertatem proclamawit, el in tantum obtinuil quod venerabilem virum Avilium, hujus ecclesiae priorem, decanum Christianilatis totius vallis constiluit, quam nunquam libertatem ecclesia ista postea amisil. Qui prior et decanus fuil a rege Cnutone et ab aliis principibus hujus patriae plurimis valde dilectus et honoralus pro sua sanclilale. Iste prior quasi ex palerna hereditate duas villas Baddebi et Neveham huic sanctae ecclesiae lradidit. » Il est permis de douter qu'Aelfward ait donné au prieur, comme précise le texte, des pouvoirs de doyen de Chrétienté : il faudrait être sûr, pour l’admettre, que les doyens aient existé à cette époque en Angleterre, ce qui n'est rien moins que prouvé (ANDRIEU- GUITRANCOURT, Essai sur l'évolution du décanat rural en Angleterre, pp. 9-12) ; c'est très probablement une interprétation du chroniqueur analysant le privilège tel qu'il existe de son temps. Ceci excepté, le texte paraît véridique, et les donations de Badsey et de Nevnham sont confirmées par des sources diplomatiques (note suivante). Cf. KNowzes, op. cil., Downside Review, 1933, pp. 519-520. (Le problème soulevé par Darrne sur le sens du mot decanus dans ce texte ne se pose même pas : decanus=doyen rural; cf. Knowzes, tbid.)

109. Cnut donna au monastère les deux domaines de Badsey et de Nevnham. La chronique {ibid., p. 83) parle deux fois de cette donation en termes qui pourraient paraître contradicloires : tout d’abord, elle dit que la donation est le fait du roi (« Isle eliam reæ dedit huic ecclesiae Baddebi el Neveham »); puis, un peu plus loin, elle en attribue le mérite au prieur Evich (« Isle prior quasi ex palerna hereditale duas villas Baddebi et Neveham huic sanctae ecclesiae reddidit »). Cette opposition apparente s'explique par l'acte de Cnut (KEMBLE, n° 1316, t. VI, pp. 178-179) : le roi donne les deux domaines à j’abbaye, « ob beneficium el reverentiam.…. dilectissimi monachi nomine Evich ». — Cnut pensait aussi à accroître les biens d'Evesham lorsqu'il fit don à l’un de ses barons

Page 1